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11 novembre, 2010

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Amis lecteurs,

Je vous propose de suivre pas à pas les exaltations et les angoisses d’un tournage au fin fond de l’Arménie, là où une cruelle nuit de décembre 1988 la terre a tremblé.

Sur ces ruines, ce paysage dévasté, j’ai suivi l’équipe française de tournage pendant quinze jours pour laisser une trace, pour apprécier avant sa diffusion sur France 2 ce petit film si touchant, si profond. Un court métrage de Lévon Minasian, réalisateur français, né en Arménie.

Le film traite du destin d’une jeune fille de 13 ans, née au moment du tremblement de terre, orpheline et muette, qui vit dans une petite baraque (domik) avec son grand-père qui la chérit. Musicienne, elle va participer à un concours international où elle présentera un morceau de Schubert. Pour faciliter son entraînement, la ville lui prête un piano qui ne rentrera jamais par la porte de la petite baraque.

Ester Mann

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Communiqué de presse. 2 mars, 2012

Posté par estermann dans : Annonce des PRIX dans les FESTIVALS , ajouter un commentaire

En avril, vous aurez le carnet dans toutes les librairies.

Site internet : http://www.editions-refletsdailleurs.com

fichier pdf Communique de presse piano 2

Le Blog est devenu un carnet publié!

Posté par estermann dans : Annonce des PRIX dans les FESTIVALS , ajouter un commentaire

L’aventure continue, Le Piano court à travers le monde, mais vous pouvez aussi l’avoir chez vous.

Cliquez sur le lien ci-dessous.

fichier pdf Carnet de tournage

 

Les Editions reflets d’ailleurs vous permettent de recevoir le CD chez vous, un beau cadeau original et sympathique pour cinéphiles aimant les courts et voulant pénétrer les dessous de leur réalisation!

Site internet : http://www.editions-refletsdailleurs.com

 

 

Les prix 14 mai, 2011

Posté par estermann dans : Annonce des PRIX dans les FESTIVALS , ajouter un commentaire

En  vrac, pour le mois d’octobre!!!

THE PIANO in festivals worldwide – October 2011 PriFilmFest – Pristina, Kosovo Festival international du cinéma jeunesse – Rimouski, Canada Emmentaler Filmtage – Emmentaler, Suisse FreeNetWorld Int. Film Festival – Nis, Serbie Sedicicorto International Film Festival – Forli, Italie Festival du film – Saint-Paul-Trois-Châteaux, France Ourense International Film Festival – Ourense, Espagne SYRFILMFEST – Syracuse, NY, USA The Pomegranate Film Festival – Toronto, Canada Festival Internacional de Jóvenes Realizadores – Granada, Espagne CinéMed, Montpellier, France

Une vie de voyages de festival en festival : voici le programme de l’été.

July 2011 Lago Film Fest – Revine Lago, Italy
July-August 2011 Festival du film de Lama – Corsica, France
August 2011 SHORTini International Short Film Festival – Augusta, Italy
August 2011 Jecheon International Music & Film Festival – Jecheon, South Korea
August 2011 Monterrey International Film Festival – Monterrey, Mexico
August 2011 Open Air Filmfest – Weiterstadt, Germany…

August 2011 FatFilmFest – Fattizze, Italy
Sept 2011 Aye Aye Film Festival – Nancy, France

Sept 2011 Paysages de Cinéastes – Chatenay-Malabry, France
Sept 2011 Bornshorts film festival – Bornholm Island, Danemark
Oct 2011 Emmentaler Filmtage – Rüttihubelbad, Switzerland
Nov 2011 Séquence Court – Toulouse, France

13 prix

Double award for THE PIANO in Calgary, Canada! Best Drama and Best Film

Meilleur court-métrage au 16eme festival de Ourense, Espagne !

http://www.ouff.org/2011/index.php/content/view/5403/380/lang,english/

Mention spéciale à Clermont-Ferrand

Mention spéciale au festival d’Annecy

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Prix du public au festifal d’Altkirch

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Prix spécial du jury à Monaco

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Mention spéciale du jury à L’Inconnu festival

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  • GOLDEN BEGGAR for the best production company film en Slovaquie
  • “The Piano” (Armenia-France). Directed by Lévon Minasian, a coproduction of Shant TV, Boa Films, and France Televisions.

    Prix de la meilleure coiffure à

    Chosen for the way it told a warm, human story, set amid the ruins of post-earthquake Armenia.

    Gyumri, Arménie… Juillet 2010… 23 novembre, 2010

    Posté par estermann dans : Lire tout le journal,Page d'accueil , ajouter un commentaire

    Tout d’abord il faut imaginer un pays à 5 heures d’avion de Paris, un pays certes, mais très petit, pas plus grand que l’Ile-de-France. Un territoire tout en longueur, comme étiré entre deux grands voisins, oppressants qui font que ce minuscule état, l’Arménie, est sur la liste rouge des assurances, la liste sanglante des pays en guerre. Il faut imaginer une contrée où l’on pratique une langue archaïque, hermétique, dont la graphie est opaque aux étrangers, une nation où personne ne parle l’anglais, un terroir de montagnards farouches et fatigués par 2000 ans de culture et de savoir. 

    Dans ce pays aride de pierres et de ciel bleu, il faut imaginer une ville excentrée, sur les marges, aux portes de la Turquie, fermée comme une forteresse par une frontière interdite.

    Gyumri, Léninakan, Alexandrapole, son nom est fluctuant, instable, les habitants la nomment de ces trois noms selon l’humeur du moment, pour perdre l’étranger qui ne sait plus où il est, pour signifier à l’Occidental que ce territoire ne se laissera pas facilement posséder. Gyumri, Léninakan, Alexandrapole, qui sous sa triple nomination cache une ville fantôme d’immeubles vides où la moitié de la cité ne s’est jamais relevée du tremblement de terre alors que l’autre n’a jamais fini de se construire.

    Il faut aller encore plus loin, resserrer les cercles que l’on dessine, de plus en plus étroits au fur et à mesure de la progression. En effet, dans cette petite ville de province éloignée, il faut imaginer un quartier perdu entre les champs et les montagnes, et plus loin encore, au bout d’une route de terre battue, un regroupement de baraques incertaines, et enfin comme une île au milieu de nulle part, un petit jardin où poussent quelques roses sauvages et trois plants de haricots  grimpant avec nonchalance autour de baquettes de bois. Des hirondelles plein le bleu du ciel et un piano blanc au milieu de la courette.

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    Préparation: Deuxième jour 22 novembre, 2010

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    Grands et petits tracas

    C’est toujours oui jusqu’au moment où c’est non : une réalité de la coproduction 

    On rassemble les comédiens au théâtre, certains regardent leur montre, deux jeunes femmes outrageusement maquillées font crisser leurs hauts talons : « On vous quitte, on est pressées, trop occupées, surmenées par les rendez-vous ». On les retrouve dans une pièce en retrait du rez-de-chaussée en train de boire paresseusement un café oriental. 

    Le tournage approche, les comédiens choisis ne veulent plus tourner, ce qui a été négocié avec le producteur local ne leur convient plus. Sans connaître leur rôle, ils veulent être payés comme pour un téléfilm arménien, là où les personnages sont figés et pleurent à chaudes larmes sur les drames de leur vie. Un court d’auteur ? Qu’est-ce que c’est ? Ils ne connaissent pas, ils s’en moquent, ce qu’ils veulent c’est l’argent. On raye certains acteurs professionnels récalcitrants de la liste, puis quand tout est redéfini, ils appellent, harcèlent : « Finalement je le fais ton film, viens prendre un café chez moi ». 

    Les enfants choisis dans la rue pour des rôles de garnements se rassemblent, font bloc, fronts butés : Amot é, c’est honteux de jouer dans un film, c’est honteux pour leur image de caïd de quartier. Ils ne veulent pas. Amot é !

    La dame de l’hôtel avec son chemisier en synthétique imitation fauve qui se fond sur la banquette du salon léopard de la réception, un large sourire étincelant d’or : 

    - Vous avez le physique pour jouer une voisine dans le film. 

    - Non, je ne sais pas, peut-être, peut-être pas. 

    Toute l’Arménie est là dans ce jeu de ni oui ni non. Finalement elle ne le fera jamais, sans avoir dit non.

    Il faut chercher ailleurs. On trouve une autre femme pour le rôle, la gardienne du théâtre. 

    - Sauras-tu jouer ? 

    - Ne t’inquiète pas cela fait 40 ans que je travaille au théâtre. 

    Le chauffeur de taxi, il pourrait jouer le rôle, ce que l’on recherche c’est des gueules comme cela, ces gueules tannées, où la vie a creusé d’épaisses tranchées arides comme la terre de ce pays.

    - Ne t’inquiète pas, je sais jouer, je sais ce qu’il faut faire. En Russie, j’étais chauffeur de bus pour un tournage et j’ai vu comment il fallait faire. 

    Le piano a été enfin trouvé, il arrive de Yerevan, il sera peint en blanc, non plutôt couleur crème. La caméra vidéo ne supporte pas le blanc trop éclatant, tout sera repeint en crème du piano aux murs des baraquements. 

    Les machinistes ont négocié deux fois, une fois avec le producteur français, une autre fois avec le producteur arménien. D’autres voix, d’autres conditions, tout le monde finit par se vexer, s’embrouiller, ne plus rien vouloir payer.

    Maintenant, il y a deux enfants pour jouer le rôle du petit garçon amoureux. Lequel choisir ?  Le petit rouquin futé ou le garçon au visage mélancolique. Sur ces deux visages enfantins le film se colore différemment, prend une tonalité plus comique ou plus sensible. 

    Le propriétaire du garage, situé au milieu de la courette, a refusé le démontage de son bazar, il a stocké dedans du matériel des années quatre vingt provenant du centre de transfusion sanguine désaffecté. Il a enfin accepté le déménagement aux frais de la production, mais il est parti avec la clé de la baraque (domik) qu’il devait prêter pour le tournage. La porte est fermée, toute l’équipe se trouve devant la porte close. Le réalisateur fait fonctionner le réseau de la petite ville, d’amis en amis la chaîne se resserre autour du propriétaire qui possède illégalement cette baraque à moitié effondrée.

    - Pourquoi ne donnes-tu pas la clé, mon chéri ?

    Il faut savoir que le peuple arménien est sentimental et affectif, que chacun abuse du mot chéri, des mots tendres, même pour interpeller son pire ennemi. 

    Le tournage approche, dernière nouvelle fracassante : le chef op a une rage de dents en Allemagne. Il ne viendra pas. Le sang du producteur et du réalisateur se fige. Toute l’équipe pressentie il y a deux mois s’est déjà désistée. Au dernier moment, chacun a toujours mieux à faire qu’un court désargenté dans un pays où il n’y a même pas la mer. 

    Le chef op rentre en train de Berlin, se fait opérer d’urgence à Paris et nous rejoint finalement au bout du monde. C’est le seul qui nous restait, le décorateur français a disparu de la circulation après les premiers repérages en Arménie, le premier assistant fait des millions au Maroc, l’ingénieur du son ? Où est-il passé ? Coincé en Sibérie!!!

    L’essentiel est que la nouvelle équipe soit au complet.  Finalement tout s’organise,  la vie est simple en tournage, il suffit d’aller chercher ce que l’on veut avec les dents, la dentition des producteurs semble parfaite pour cela et le réalisateur a le sourire tranquille du Bouddha. 

    Préparation: Troisième jour 21 novembre, 2010

    Posté par estermann dans : Lire tout le journal,Preparation du tournage , ajouter un commentaire

    C’est vite dit cette détermination, comme une conjuration, un moment de répit dans la tourmente, où tout semble s’assembler, s’agencer, on se rassure, on se détend et puis…. 

    Le premier assistant, Alexis, court dans la courette, se jette sur les coursives des baraquements.

    - Attention, rien ne tient vraiment, tout est bricolé avec des bouts de ficelles, tout est usé, branlant. 

    Mais lui, le premier assistant, ce n’est pas un novice, il a fait le tour du monde, sur des lieux hautement périlleux. Il court, il vole d’un bout à l’autre, son pas de Parisien pressé résonne avec assurance, il disparaît dans un trou. Il crie, il a mal, toute l’équipe est suspendue à ce cri qui vrille l’estomac du producteur, du réalisateur. Va-t-on devoir le rapatrier ? 

    Finalement, il aura une cheville bleue, gonflée, il reviendra de l’hôpital avec une canne. Le pire peut-il encore advenir ? 

    On se rassure un soir, on porte des toasts à la mode d’ici, caucasienne, on se lève, le coude à la verticale pour brandir son verre de vodka, on conjure le mauvais sort. Plusieurs fois, on se lève et on se dit :  Ouvrons notre cœur ! Le tournage approche, plus que deux jours, tout s’assemble, tout s’agence. On est une équipe qui fait front. La nuit est même douce, le vent caressant. C’est un beau pays quand on regarde au loin les montagnes qui s’estompent dans une brume odorante de foin coupé. Demain, il y aura des hirondelles plein le bleu du ciel. 

    Mais pendant que l’on frisonne légèrement d’espérance, dans l’obscurité, le loup est là, tapi prêt à bondir et à dévorer le producteur, à belles dents.

    le matériel

    Les vingt quatre caisses de matériel, les 400 kg sont bloquées à la douane ! On est samedi, après ce sera dimanche, puis lundi, mardi, deux jours fériés qui se succèdent. Comptons les jours, comptons les jours où tout peut s’arrêter, il n’y a rien de pire que ce décompte, chaque jour à la sonorité du glas. La production est sur la corde raide, chaque minute de retard est un effondrement.  Sans équipement, il n’y a pas de tournage, sans équipe, il n’y a pas de tournage. On n’est rien, on se sent tout à coup nu, c’est comme regarder dans un puits sans fond, on se sent aspirés. A cet instant, on a tous un renard qui nous dévore l’estomac. Quelques coups de téléphone haut placés et l’équipement arrive par camion, enfin, en pleine nuit, à deux heures du matin!!

    Préparation: Quatrième jour 19 novembre, 2010

    Posté par estermann dans : Lire tout le journal,Preparation du tournage , ajouter un commentaire

        Première lecture du texte aux comédiens

    Ils sont tous là, le petit groupe d’enfants, les voisines, les ferrailleurs, les voisins qui se rassemblent autour du piano.

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    Les comédiens rient, ils aiment le texte, ils ne s’attendaient pas à quelque chose comme cela. Ils lisent chacun leur rôle, par-dessus l’épaule les uns des autres, en se passant une vieille paire de lunettes pour mieux déchiffrer. Des gens de la rue, des comédiens de théâtre. Mais justement, il ne faudra pas forcer le trait comme sur scène, il faudra être le plus naturel possible, l’artifice, l’outrance risquent de tuer le petit film. 

    Nouvelle angoisse, il va pleuvoir dans un pays sec, aride où il ne devrait pas pleuvoir.  D’ailleurs aujourd’hui, c’est la fête de l’eau, une particularité nationale où l’on s’asperge dans les rues avec des seaux remplis à ras bords. Partout les trottoirs sont mouillés, des fenêtres tombent des trombes d’eau. C’est le jour des enfants, les rires fusent, les petits s’égayent dans les cours comme une bande de moineaux. 

    Cette danse de l’eau, des enfants mouillés et heureux peut-elle conjurer le ciel ? S’il pleut que faire ? Toutes les scènes se passent en extérieur, le piano blanc au milieu de la courette. Le producteur consulte le site de la météo avec angoisse. La nature aura-t-elle le dernier mot ? 

    Il n’y a ni costumière, ni maquilleuse. La maquilleuse exige 50 000 drams par jour alors qu’on voulait lui donner cette somme pour la semaine. Ce qu’elle exige c’est le salaire mensuel d’une ouvrière. Elle avance ses arguments, il faut qu’elle ferme son salon de coiffure et qu’elle paye ses coiffeuses. Il est naturel que la production prenne en charge le chômage technique de ses quatre aides. 

    Préparation: Cinquième jour 18 novembre, 2010

    Posté par estermann dans : Lire tout le journal,Preparation du tournage , 1 commentaire

    Le travail avec les comédiens continue

    Gérald Papasian est là, un comédien de la diaspora qui joue dans les spectacles d’Irina Brook.  Lévon, le réalisateur,  donne ses instructions : « Mes chéris, s’il vous plaît, soyez naturels, tout artifice tuera le film ». 

    Lévon et Gérald

    Lévon présente le chauffeur de taxi, le prend amicalement par les épaules : « Je vous charge vous acteurs professionnels de révéler à cet homme son talent, pour lui prouver qu’il a fait une erreur en devenant chauffeur de taxi ».  

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    Le chauffeur rit, il est aux anges, il sourit de sa bouche édentée comme un enfant devant le sapin de Noël.

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    C’est au tour d’Ani Hamel, la directrice artistique, de travailler avec eux. « Il faut que les acteurs comprennent que dans la tragédie de ce que les gens vivent, il y a de l’humour, de la fraternité. Ils n’avaient pas compris cela, ils jouaient de façon trop dramatique. Ils commencent à prendre de la distance et à s’amuser. Mais en tout cas ils sont très motivés ».

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    Pendant ce temps dans la salle étouffante, les femmes s’éventent avec des éventails asiatiques décorés de fleurs de cerisiers japonais, ourlés de dentelles noires. Il y a deux brocs d’eau sur la table et un seul verre, chacun boit à son tour, on dirait le vin de messe qu’on se partage en signe de fraternité. 

    - Comment ressens-tu ton personnage ? 

    - Pour moi, mon personnage est une femme égoïste, aigrie qui vit seule et qui rêve devant les séries arméniennes à la télévision de vivre dans la capitale, mais en même temps elle aime la petite, même si elle ne veut pas le montrer et qu’elle est brusque avec elle. 

    - Pour moi, mon personnage est une veuve qui est submergée, angoissée par les bêtises de son fils, mais qui est quand même à l’origine de la sensibilité artistique de Gakik. 

    - Pour moi, mon personnage est secrètement amoureux de la veuve. 

    - Pour moi, mon personnage est un imbécile qui pense tout savoir sur tout, un arriviste qui croit qu’il est arrivé quelque part alors qu’il est au bout de nulle part. 

    Pendant ce temps-là… 17 novembre, 2010

    Posté par estermann dans : Lire tout le journal,Preparation du tournage , commentaires desactivés

    …Apolline joue et répète son morceau de musique. « C’est difficile, il y a plus de notes que de doigts. Des fois, ce morceau me donne envie d’arrêter le piano ». La salle de concert est drapée de rouge. La jeune enfant rejoue à chaque erreur, inlassable.

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    Une mauvaise nouvelle, le transformateur (pour la preuve en vidéo cliquez ici) qui alimente les baraques fait un bruit d’essaim, un bruit de fond pénétrant. On ne peut pas couper le courant sinon les domik n’auront plus d’électricité, il faudra donc intégrer ce ronronnement de tigre dans le scénario. C’est l’angoisse de l’ingénieur du son, ce ronronnement en bruit de  fond. Mais ce bruit fait partie de la vie des gens d’ici, ce n’est pas propre au décor. Dans chaque cour, il y a un transformateur vieux et essoufflé, cacochyme.

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    Les comédiens sont invités à l’hôtel, les petits à la piscine, leurs yeux sont ronds de plaisir et les adultes pour boire une coupe de champagne. Le champagne arménien est très sucré (comme tout ce qui se fait ici, ou très sucré ou trop salé, jamais dans la mesure) et surtout il faut bien secouer la bouteille avant de le servir dans les coupes, cela fait partie du rituel. 

    A force d’écrire les exaltations et les effrois du tournage, mon ordinateur a disjoncté, c’est la catastrophe, ma catastrophe personnelle. Personne ne semble s’en émouvoir, le tournage tourne, c’est l’essentiel.  Mais je suis en chômage technique, alors que les anecdotes fusent de toute part et que je ploie  sous la récolte des perles rares. 

    Gérald Papasian 16 novembre, 2010

    Posté par estermann dans : Gerald Papasian,La meilleure equipe,Lire tout le journal , ajouter un commentaire

    Barbier, perruque et catogan

     

    catogan prêt pour la perruque

    Un des comédiens français, Gérald Papasian, a besoin d’une perruque, travaillant avec Irina Brook, il doit garder absolument son catogan.

    Mais ici cela fait homosexuel et à Gyumri, c’est une réalité qui n’existe pas. Il n’y a pas d’homosexuels, il a des hommes virils, très poilus, qui parlent fort, fument avec conviction et se baignent entre eux à la piscine de notre hôtel. 

    On est dans la deuxième ville du pays, mais la plus rétrograde aussi. Dans les montagnes au fin fond du Caucase, les femmes sont plus libres, mais ici, c’est strict, on se dirait dans un pays musulman : Iran, Azerbaïdjan, Turquie, on a le choix entre voisins. 

    Pour cacher ce catogan, il faut une perruque. Mais le directeur du théâtre a été vexé, on ne sait plus pour quelle raison il ne veut plus entendre parler du tournage. 

    Se vexer est un sport national, il faut se vexer pour se sentir exister, tous les moyens sont bons pour exceller dans cet art. Le décorateur arménien s’est vexé car on a voulu le payer en monnaie locale, les acteurs car ils ne jouent pas dans une série mais dans un court métrage, la maquilleuse car elle doit fermer son salon, l’habilleuse car elle ne s’est pas occupée des costumes, le directeur du CNC local, car la production française lui envoie des e-mails officiels alors qu’il suffit de lui téléphoner sur son portable (c’est à cause de cela que le film n’a pas eu d’argent du CNC, alors qu’il s’agit d’un film tourné uniquement en arménien)… 

    Et le but du jeu, ensuite c’est de disparaître, mais de faire croire que l’on va venir honorer sa parole pour le lendemain. Plus les liens amicaux sont forts, plus la disparition est brutale et irrévocable. 

    Mais revenons à notre perruque…

    Comment récupérer la perruque pour ne vexer personne sans s’arracher les cheveux? Il faut actionner le réseau parallèle. Si le réseau du réalisateur ne fonctionne pas, car toute la chaîne s’est vexée, il faut demander à Vardan Pétrossian, la star arménienne qui passe souvent à la télé, qui connaît un ami d’un ami, qui peut récupérer la perruque au théâtre par une porte dérobée.

                  0852.jpg          

    Autre problème, il faut soigner la barbe hirsute de Gérald Papasian. On l’entraîne dans la vieille ville, celle que l’on nomme Alexandrapole, chez un barbier qui n’a pas été rénové depuis l’ère soviétique. 

    Cinq vieillards sont là tirant sur leurs clopes, regardant par en dessous les nouveaux arrivants.  Ils se mettent tous à branler du chef : 

    - Une queue de cheval… ça fait pédé. 

    Le barbier lui domestique avec réticence sa barbe folle de comédien. 

    - Je vous dois combien ? 

    Laissez, laissez, c’est pour rien, vous êtes mon invité. 

          Gérald en Séroj

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