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Cinq beaux mecs, un parano et une fontaine 15 novembre, 2010

Posté par estermann dans : La meilleure equipe,Lire tout le journal,Tournage jour , trackback

Boris, le producteur, se retrouve seul au pied d’une fontaine monumentale à sec, au centre d’un carrefour qui n’existe plus depuis le tremblement de terre, serrant fort la caméra contre son cœur, les pieds sur les caisses de matériel, autour de lui une dizaine d’enfants qui piaillent et une vieille à l’haleine fétide qui lui souffle dans l’oreille, un vol noir d’hirondelles dans le ciel : 

- Je sens bien que tu as de l’argent toi. Donne, donne-moi mon chéri.  

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Pendant ce temps le premier assistant, Alexis, arpente les routes cabossées en frappant fort de sa canne le sol défoncé. Sur le décor, ce n’est pas lui qui a disparu dans un trou, mais cette fois-ci c’est sa canne dont on reconnaît partout le son rapide et sec de Capitaine Crochet. 

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L’équipe rentre, le moral est haut à l’hôtel : 

- On a fait de jolies choses aujourd’hui, on y croit aux personnages, à l’histoire. 

Ils sont tous là sur le perron de l’hôtel, cinq jeunes et beaux mecs : le chef op., Stéphan, l’ingénieur du son, Vincent, le premier assistant caméra, Ugo, le premier assistant, Alexis, le producteur, Boris – buvant une bière locale légèrement dorée « Gyumri » ou plus brune « Alexandrapole ».

Une équipe professionnelle, une équipe de choc. 

En voyant ainsi de si belles gueules, le personnel de l’hôtel s’est longtemps interrogé avant d’oser poser la question :  Ce sont les acteurs qui vont jouer dans le film ? Le rôle de jeune premier étant attribué à l’unanimité à Boris, le producteur. Il n’y avait qu’une seule incertitude qui circulait de la cuisine à l’antre du gardien  Comment vont-ils jouer en arménien puisqu’ils ne connaissent pas la langue? 

La productrice, Jennifer, rentre à son tour, elle sent l’humidité de la domik des pieds à la tête, cette odeur insinuante qui pénètre partout même en plein cœur de l’été. Elle est restée toute la journée sur le décor, mais elle sait faire: elle sourit tout le temps, elle encourage, elle dit merci à tout bout de champ, et elle obtient tout ce qu’elle veut. Elle seule connaît la clé, le peuple arménien est affectif, il lui faut chaleur et amour. 

- Tout de suite, il faut prendre un café ensemble, discuter, se sourire, montrer son humanité. Ce moment fraternel fait avancer les choses, les Arméniens se mettent à donner plus qu’ils n’ont, pour un sourire, une main tendue. 

La seule chose qui résiste au charme de ses yeux bleus, c’est la clé de la domik. Cela fait dix jours que toute l’équipe court après cette clé, le réseau du réalisateur et de la star ne fonctionne pas. Rien n’y fait, on a affaire à un paranoïaque de la plus belle espèce, un de ceux qui ne font confiance à personne, surtout pas à leur propre famille, qui risquerait de leur voler ce qu’ils ont jalousement caché.  Vous pensez certainement que c’est un vieux paysan que le soleil ardent et le froid mordant du pays ont atteint. Non, vous êtes dans l’erreur, c’est un académicien, un scientifique qui a trouvé une nouvelle molécule pour soigner les gens, c’est lui qui brandit la clé convoitée.

- C’est moi qui ouvre et qui referme. Dites-moi l’heure exacte. Et je viendrai. 

- Et pendant les tournages de nuit ? 

Le gardien de la clé fait comme s’il n’avait pas entendu. 

- Je viendrai à chaque fois. 

Que peut bien cacher la domik ? C’est la question qui taraude toute l’équipe française. On découvre finalement quelques matelas, quelques tapis qui pourrissent, jetés pêle-mêle sur le sol humide. 

- Qu’est-ce que tout cela ?

- C’est la dot de sa fille, cela fait vingt ans que ces choses attendent son mariage. 

Du coup, la paranoïa de cet homme se teinte de tragique, sa douleur étreint les cœurs.

      le parano et sa clé d'orimg1428.jpgimg1429.jpg

Le réalisateur, Lévon,  rentre à son tour : 

- Je ne sais pas comment je vais faire, le comédien professionnel arménien qui joue celui qui accompagne le chauffeur, j’ai dû lui répéter six fois pour qu’il atténue son jeu. Il l’a fait finalement, mais pas exactement comme je le voulais. C’est pourtant simple, le gars se réveille et il cherche de façon automatique ses cigarettes. Et lui il arrive à en faire trop. 

Le réalisateur mime la scène. 

- C’est simple pourtant. Comment je vais faire avec les autres les voisines, le voisin, les chauffeurs, les ferrailleurs…. Les enfants??? 

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