navigation

Le tournage est fini, mais pas le sketch… 1 novembre, 2010

Posté par estermann dans : Comprendre l'ame du pays,Lire tout le journal , ajouter un commentaire

L’Arménie est un état… d’âme

- C’est quoi ce bruit ? demande Lévon inquiet.

- La pluie qui tombe sur les toits, répond sa femme. 

Non, ce sont tout simplement des pattes de moineaux qui tambourinent sur le rebord métallique de la fenêtre de la chambre de l’hôtel, s’accrochant aux entrelacs de fer forgé, se confondant dans la flore brodée des rideaux. 

061.jpg


- Il ne va pas pleuvoir. Le ciel est immanquablement bleu. Maintenant cela n’a plus d’importance, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve. 

- On n’est plus suspendu aux caprices du temps, le tournage est fini, il y a plein d’hirondelles dans le bleu du ciel. Le réalisateur et sa femme poursuivent cette conversation dans l’intimité de la chambre d’hôtel. 

- C’est mieux ainsi, à ne plus se préoccuper du temps qu’il fait, dit la femme. 

- Peut-être que cette souffrance du temps, c’est mieux pour le film, dit l’homme. 

-Tu as raison le temps c’est comme le bonheur, un bleu éternel c’est ennuyeux. 

Les producteurs sont eux aussi sur le départ. 

- Tiens! le portail  de l’hôtel est fermé! 

- Oui, c’est étrange, ils ont mis un verrou. C’est la première fois que je le vois. Le portail n’a toujours été que simplement tiré.

Les valises sont prêtes, elles sont déjà dans le coffre de la voiture. 

- On a demandé la note pour le cocktail. Un vrai papier pour les notes de frais pour la production. On a dû le demander cinq fois et je ne sais pas s’ils vont réellement le faire.

- C’est bizarre ce gros cadenas quand même, s’interroge Jennifer en regardant le portail métallique. 

Le producteur français, Boris, discute avec le directeur de l’hôtel qui le regarde avec indifférence en  fumant son clope, une oreille collée à son téléphone portable. Boris lui tend une liasse de billets. Le gardien arrive en claudiquant, et ouvre grand le portail pour faire passer la voiture qui patientait sur le parking de l’hôtel. 

- C’était pour nous enfermer, le cadenas, nous bloquer, ils avaient peur qu’on parte sans payer le cocktail. 

- Ils nous aiment et en même temps, ils nous enferment. Ici c’est le pays des extrêmes, l’absolu de la contradiction. C’est à la fois très touchant et exaspérant.

- Je vais te raconter quelque chose qui va peut-être te faire comprendre ce que je nomme le paradoxe arménien et que je ne retrouve pas aussi intensément dans les autres pays. 

- Tu crois  qu’il y a quelque chose à comprendre? C’est assez opaque leur façon de fonctionner, cela me déstabilise à chaque fois.

 - Ecoute. Dans le Caucase, pas seulement ici mais dans toute cette région aride, de pierres et de tourmentes, quand on invitait ses amis, on plaçait une infinité de plats sur la table, tout ce que l’on avait pour qu’aucun centimètre de la nappe ne soit visible. Il fallait montrer que l’on aimait. Et les invités pour montrer leur politesse, leur raffinement, leur amour, mangeaient chez eux, avant de se mettre à la table de leur hôte. Ainsi aucun des convives ne touchait à l’abondance des plats offerts. 

- C’est une drôle de coutume et après que faisait-on de toute cette nourriture ?

 - On la donnait aux pauvres de la ville, du village.

- Oui, je comprends mieux leur façon d’être. 

- Si j’avais le temps, je te parlerais d’une légende qui explique bien le fonctionnement de ce peuple, cela s’appelle La mort de Kikos.  C’est pour moi le plus beau conte arménien, le plus éclairant aussi.

Un conte arménien pour mieux comprendre l’âme arménienne 31 octobre, 2010

Posté par estermann dans : Comprendre l'ame du pays,Lire tout le journal , ajouter un commentaire

La mort de Kikos

- Viens, on se met à l’ombre d’un cerisier et raconte-moi. C’est un pays où toute de façon, on apprend malgré soi à prendre le temps. 

- Un père a soif, sa femme demande à la cadette d’aller chercher de l’eau. La jeune fille va à la source pour étancher la soif de son père, elle lève les yeux, voit un bel arbre, un noyer aux beaux fruits encore verts. Aussitôt elle se met à rêver en regardant le feuillage : 

- J’aurai un fils, que j’appellerai Kikos. Il grimpera à cet arbre pour cueillir quelques noix, il sera vigoureux et je l’aimerai. 

Elle voit aux pieds de l’arbre un rocher pointu et aussitôt, son cœur se serre, elle se met à éclater en sanglots. 

- Mon petit, mon tout petit est monté à l’arbre et il est tombé sur cette pierre. 

Elle s’effondre et  se met à pleurer la mort de son fils, de son tendre petit. 

La mère ne voyant pas la cadette revenir de la source, demande à son aînée d’aller la rejoindre.  Aussitôt qu’elle voit sa sœur, la jeune fille se met à crier.

- Ma chérie, pleure, pleure la mort de ton neveu.

- De quoi parles-tu ma tendre sœurette, je n’ai pas de neveu.

- Vaï! Vaï! j’ai eu un fils, que j’ai appelé du doux nom de Kikos, il est monté sur cet arbre pour cueillir quelques noix encore vertes et il est tombé sur cette pierre. Oh, ma chère sœur pleure avec moi la mort de ton neveu.

Et la cadette et l’aînée tombent dans les bras l’une de l’autre, en mêlant leurs larmes. La mère ne voyant pas ses deux filles venir, se rend aussitôt à la fontaine.

La voyant de loin, les deux sœurs l’appellent de leurs cris désespérés.

- V! Vaï! notre mère adorée, viens pleurer avec nous la mort de ton petit-fils, Kikos jan. 

- Quel petit-fils ? Je n’ai pas de petit-fils! 

- Je me suis mariée, sanglote la cadette, j’ai eu un fils  que j’ai appelé du doux nom de Kikos, il est monté à l’arbre pour cueillir des noix encore vertes, et il est tombé sur cette pierre. Viens, mère, pleurer avec nous la mort de ton petit-fils.

- Quel malheur! s’exclame à son tour la mère, qui se met à sangloter avec ses filles. Le père ne voyant personne revenir, va à la fontaine.  Le voyant de loin, les femmes éplorées l’interpellent :

- Viens, viens, pleurer avec nous la mort de ton petit-fils. 

- Mais je n’ai pas de petit-fils. La cadette lui fait le récit de la joie qu’elle a eu d’avoir Kikos et de la douloureuse perte qu’elle vient de subir. 

- Mais que vous êtes sottes. Le père qui était le plus raisonnable de la famille dit :

- Il est inutile de faire notre deuil sous ce soleil ardent, allons au village et faisons pour apaiser notre souffrance un bel enterrement à notre Kikos adoré!

Ils rentrèrent au village, convièrent tous les habitants à un festin de deuil, sacrifiant le seul bœuf en leur possession, leurs dernières poignées de blé. Et enfin leur douleur s’apaisa. 

- Drôle de pays tout de même, il m’exaspère, me prend par sa douleur et son aridité, par la chaleur, l’hospitalité illimitée de ses habitants, et me fait l’aimer malgré-moi.

- Tu reviendras donc?!

- Je reviens toujours. Quand je n’y  suis pas, j’ai envie d’y aller, quand j’y suis, j’ai envie d’en repartir. 

MoviesNewsBooks. |
cine ketezeau |
Kiefer Sutherland Filmographie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Twilight, The vampire diari...
| Play it again, Sam
| CABINE OF THE DEAD