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La post-production: Montage 4 octobre, 2010

Posté par estermann dans : Le montage,Lire tout le journal , ajouter un commentaire

C’est l’été, le soleil s’infiltre à travers les volets clos. En contrebas, la piscine est bleu lagon, les cigales entament leur long chant estival, non loin de Cannes. 

Mais le réalisateur, enfermé dans la chambre obscure, ne fait pas la sieste, il scrute avec attention son écran. 

Sur les 5 heures de rush, il a gardé 4 heures 30 pour l’Ours, un bout à bout d’images pas encore dégrossies, en vrac.  

Le lecteur DVD se met en marche. 

- C’est quoi, ça ! Le son n’est pas synchro !! gémit Lévon. 

Au fil de la lecture, les mots se décalent de plus en plus. Sortant de la bouche des personnages, ils suivent leur propre chemin, la voix de Séroj sur les lèvres minces d’une voisine, le piano lui-même se met à jouer seul, à empiéter sur la partition d’un acteur. Les scènes émouvantes, tendres prennent un air comique. 

-  Ca commence bien…  

Lévon prend un grand cahier et fait son montage sur papier en visionnant l’Ours sur son ordinateur après avoir resynchronisé le son follet, qui refusait d’entrer dans le cadre. 

Septembre, Lévon est à Strasbourg dans un appartement du centre ville, des rangées de livres recouvrent le salon, un thé bio à la mixture exotique fume dans une grande théière, une femme aux cheveux blancs pianote devant deux écrans. C’est le montage de l’Ours. 

-  Je ne travaille pas le samedi, je vais au marché bio, désolée. 

Dans le petit appartement strasbourgeois, la tension monte d’un degré. Le thé bienfaisant perd de ses vertus apaisantes. 

-  Mince ! s’exclame la monteuse. 

- Que se passe-t-il ?  

- J’ai perdu notre travail. 

- Tu n’as pas enregistré? 

- Si j’ai enregistré ! 

- Bah, alors ce qui est enregistré doit être quelque part. 

- Je ne le retrouve pas. 

Un des producteurs alsaciens, Alexis, passant par l’appartement strasbourgeois, tape rapidement sur le clavier et retrouve le travail de la journée.  

Au gré des disparitions, des réapparitions, le montage avance avec la lenteur d’un escargot… une minute par jour.  Lévon se sent prisonnier de la lenteur de sa monteuse, aucune possibilité de tester d’autres possibilités, de caler quelque chose de différent. 

Lévon lance à son cher producteur, Boris, un SOS par SMS : – A ce rythme là, on ne terminera pas le montage à temps. 

Boris lui répond à ce SMS lancé à travers les ondes électromagnétiques à haute fréquence : 

- Tiens une semaine, je te trouve un monteur. 

Lévon est inquiet, son film se ficelle mal. Le Producteur alsacien, Yanis, tranche. 

- On ne peut pas continuer comme cela, on change de monteur. 

Merci, merci aux producteurs pour le réalisateur, mais  surtout pour le film. Car un réalisateur de toute façon doit souffrir pour accoucher de son film. Il ne manquerait plus qu’il le fasse dans la joie et la légèreté. Mais cette souffrance-là, cette lenteur, n’apportait rien au film, c’était une souffrance sans objet. 

Une semaine après, avec Nicolas, dans le local d’une société de post-prod. Deux écrans d’ordinateur, et un immense écran télé pour visionner confortablement.

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Les doigts rapides de Nicolas s’activent pendant qu’il échange ses impressions avec le réalisateur. 

- J’aurais aimé prendre ce plan-là, mais c’est impossible, le camion s’en va et la voisine arrive trop tard, dit Lévon 

- Rien n’est impossible… 

Comme par magie le personnage trouve sa place à l’image, là, où il aurait dû être lors du tournage.
- Bravo, on monte. 

Dans toutes les grosses productions, il y a un code entre bruiteurs et monteurs son, un privat joke, le Wilhelm Scream :

Image de prévisualisation YouTube

Nicolas place cet horrible cri de souffrance dans ce film paisible et charmant, où personne ne trucide personne. C’est à toi, humble spectateur de le trouver, d’être à l’affût de ce son caché lors de la projection. 

A un autre endroit, Nicolas paye de sa personne, ou plutôt de sa voix, pour synchroniser un court moment, il parle en arménien !!! Chers Arménophiles, c’est à vous de repérer cet accent français, qui sur un très court échange, se mêle au parlé coloré des habitants de Gyumeri. 

Le montage avance rapidement. Les sous-titres sont écrits, une semaine avant le terme prévu, le film progresse de 4 à 5 minutes par jour. Il reste donc une semaine pour affiner le travail après le visionnage par France2. 

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Première projection avec sous-titres, la femme et l’enfant du réalisateur sont là.  La petite fille de 6 ans regarde le film. Elle voit Loussiné qui est sur le palier de sa domik, la nuit, quand elle lance un regard noir à Gagik, à celui qui voulait casser le piano. 

- Loussiné, on dirait un fantôme, dit la fille.  Première spectatrice, son regard est étonnant de lucidité. 

- Il faut couper cette scène, c’est mieux sans ce regard, trop fixe.

Puis la toute petite voix se fait entendre à nouveau dans la salle obscure : 

- Maman, dis, je ne comprends pas pourquoi il y a une bâche en plastique sur le piano. 

- Il faut réduire la scène de la bâche, pour que le spectateur comprenne l’effet désiré, le gag, commente Nicolas.

Et voilà, comment un projet devient un film tendre, émouvant et drôle. Moi, qui suis ce projet depuis le début, de l’écriture au montage, j’ai ressenti une véritable émotion en découvrant le film dans sa totalité. La modeste courette, les poules qui gloussent, le cerisier, le visage parcheminé du grand-père, le sourire tendre et complice de Loussiné et la ronde des personnages hauts en couleurs autour du piano blanc. La culture, la beauté, la musique s’invitent pour alléger les lourdes chaînes du malheur, de la tristesse et du deuil. Ce petit film, dont le message a une portée universelle, rend tout simplement heureux.

Obsession du détail et bonne nouvelle 8 juillet, 2010

Posté par estermann dans : Lire tout le journal,post-prod , ajouter un commentaire

Une très belle musique de Bach. Les noms défilent sur un fond noir. Un générique provisoire.
- Tu en penses quoi? demande Lévon, le réalisateur.
- Trop triste, répond Boris, le producteur.

Nicolas le monteur image, Claire la monteuse son, Jennifer la productrice, ils sont tous d’accord.
- Je l’aimais bien, constate tristement Lévon, n’ayant aucun argument pour faire face.
- Scarlatti?
- Trop mou.
- Et cet autre morceau admirable de Bach !
- Trop typé.
- Alors il ne reste que Schubert.
- On le prend. Mais lequel?

Ce choix crucial, douloureux a pris une semaine entière. Lévon et Boris ont écouté des centaines de morceaux, sonates, préludes, concertos pour piano solo. Ce qui a donné lieu ensuite à une partie de ping pong musical entre le réalisateur et le producteur, les fichiers ont été envoyés sans répit d’un ordinateur à l’autre par la magie du Net.

Et tout ce travail soigneux de sélection pour la minute du générique de fin, pendant laquelle,  je sais bien cher spectateur que vous allez rallumer vos portables, farfouiller dans vos sacs, remettre vos manteaux en pensant à ce que vous allez faire en sortant de la salle de projection et vous n’écouterez que d’une oreille distraite cette ultime musique sélectionnée avec passion.

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Le téléphone du réalisateur sonne. Il répond, légèrement désabusé, cela fait trois semaines que le film n’avance pas.
- J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle, dit Boris, je commence par laquelle?
- La bonne, répond Lévon, c’est déjà tellement difficile en ce moment.
- La bonne, le film est sélectionné à
Clermont.
- Génial, et la mauvaise?
- On est obligé de finir le film et on n’a plus un rond.
- « Titanic » a eu des problèmes de trésorerie aussi.
- Nous, c’est « Le Piano ».

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Clermont ferrand, le Cannes du court. 4 juillet, 2010

Posté par estermann dans : Annonce des PRIX dans les FESTIVALS,Lire tout le journal,Non classé , ajouter un commentaire

1809781015010316233483352595483263170222185126s1.jpg Le film est tout juste fini et il a déjà une vie : Mention speciale du festival

http://www.clermont-filmfest.com/index.php?&m=128&c=3&id_film=200017070&o=113

 http://www.clermont-filmfest.com/index.php?m=128

Premiers spectateurs, une salle de 1500 places, pleine à craquer et le réalisateur qui est au milieu de cette foule, qu’il entend respirer dans le noir et… rire aux éclats. Et c’est ce rire, cette vague déferlante, qui nous baigne de bonne humeur, du bonheur d’avoir accompli quelque chose pour eux. Tout fonctionne : la balalaïka, les traits d’humour, les disputes : Comment tu ne veux pas que je t’aide? Mais je suis celui qui pourrait le mieux t’aider, ne me vexe pas? la perruque de Séroj, Madame Galoyan, qui arrive magistrale dans sa robe rouge, le seau d’eau, la tasse de thé, les propositions de Vatcho… et des rires de partout, devant derrière, à côté ; une masse mouvante, répercutante qui s’exprime joyeuse, compacte et par ricochets parfois d’un bout à l’autre de la salle Cocteau.

Des rires  fusent sur les points encore peu abordés du texte, qui se découvrent là avec le nombre impressionnant de spectateurs, cette grande diversité de sensibilités qui est rassemblée en un même point, captive de l’écran. » Toi aussi tu es notre richesse nationale » et celle que j’aime par dessus tout quand Séroj montre à Galayan la chaîne accrochée au piano symbolisant  l’impossibilité de le faire pénétrer dans la maisonnette :  » Cela nous dépasse« .

Et la qualité de l’émotion dans les moments de douceur, les moments subtils où les sentiments profonds noient la courette de nostalgie et d’amour, ces moments où Loussiné en jouant  sourit à son grand-père, ce moment sincère et authentique où il la regarde, les voisins qui au -delà de leurs différences, de leurs problèmes individuels trament de leur voix, de leur regard le vrai visage d’une humanité  belle, loin du conformisme, du confort matériel et des apparences sociales.

Le Piano n’a pas eu le prix France Télévision décerné à un autre film sur d’autres voisins, un film très beau film d’origine algérienne qui montre ce qui se passe dans la terreur : la défiance vitale envers les voisins, les murmures pour se dire des choses du coeur, les faux semblants, les sourires derrière lesquels se tapit la Mort. Chaque voisin devient par sa proximité même un ennemi potentiel,  un film qui montre courageusement que l’acte le plus anodin,  demander un tire-bouchon à ses voisins de palier, est un acte de bravoure, de folie. Au centre du film, de l’immeuble, un l’escalier qui ouvre sur le vertige de ce qu’il y a de plus obscur dans les hommes : le meutre, la dénonciation, la violence, la sauvagerie sont les marches banales de cette spirale. On ne mourra pas ( Amal Kateb) vaine incantation, faible désir, la mort frappe, sauvage, sans discernement, là où reste le peu d’amour et de joie.

Mettre en parallèle ces deux films est un très bon exercice pour la raison, pour l’âme aussi : deux choix sont possibles devant le malheur, deux villes dévastées, sauvagement meurtries :

- la dénonciation violente de la violence, chaque détonation touche une cible à l’aveuglette, oppresse dans un sentiment claustrophobe de chasse à l’homme

- ou l’absurde, le rire, qui ouvre l’âme, la prépare à des jours meilleurs. Le Piano, c’est une autre réponse à la brutalité du destin, c’est réellement une transcendance par l’Art et la Bienveillance. Les personnages du Piano sont maladroits, coincés dans leur époque (entre communisme et capitalisme triomphant), entre deuils et rires, mais ce que l’on voit c’est surtout leur  coeur, et c’est sûrement ce coeur là qui palpite d’humanité dans la petite courette qui fait que ce film touche autant le public.

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