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Cinq beaux mecs, un parano et une fontaine 15 novembre, 2010

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Boris, le producteur, se retrouve seul au pied d’une fontaine monumentale à sec, au centre d’un carrefour qui n’existe plus depuis le tremblement de terre, serrant fort la caméra contre son cœur, les pieds sur les caisses de matériel, autour de lui une dizaine d’enfants qui piaillent et une vieille à l’haleine fétide qui lui souffle dans l’oreille, un vol noir d’hirondelles dans le ciel : 

- Je sens bien que tu as de l’argent toi. Donne, donne-moi mon chéri.  

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Pendant ce temps le premier assistant, Alexis, arpente les routes cabossées en frappant fort de sa canne le sol défoncé. Sur le décor, ce n’est pas lui qui a disparu dans un trou, mais cette fois-ci c’est sa canne dont on reconnaît partout le son rapide et sec de Capitaine Crochet. 

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L’équipe rentre, le moral est haut à l’hôtel : 

- On a fait de jolies choses aujourd’hui, on y croit aux personnages, à l’histoire. 

Ils sont tous là sur le perron de l’hôtel, cinq jeunes et beaux mecs : le chef op., Stéphan, l’ingénieur du son, Vincent, le premier assistant caméra, Ugo, le premier assistant, Alexis, le producteur, Boris – buvant une bière locale légèrement dorée « Gyumri » ou plus brune « Alexandrapole ».

Une équipe professionnelle, une équipe de choc. 

En voyant ainsi de si belles gueules, le personnel de l’hôtel s’est longtemps interrogé avant d’oser poser la question :  Ce sont les acteurs qui vont jouer dans le film ? Le rôle de jeune premier étant attribué à l’unanimité à Boris, le producteur. Il n’y avait qu’une seule incertitude qui circulait de la cuisine à l’antre du gardien  Comment vont-ils jouer en arménien puisqu’ils ne connaissent pas la langue? 

La productrice, Jennifer, rentre à son tour, elle sent l’humidité de la domik des pieds à la tête, cette odeur insinuante qui pénètre partout même en plein cœur de l’été. Elle est restée toute la journée sur le décor, mais elle sait faire: elle sourit tout le temps, elle encourage, elle dit merci à tout bout de champ, et elle obtient tout ce qu’elle veut. Elle seule connaît la clé, le peuple arménien est affectif, il lui faut chaleur et amour. 

- Tout de suite, il faut prendre un café ensemble, discuter, se sourire, montrer son humanité. Ce moment fraternel fait avancer les choses, les Arméniens se mettent à donner plus qu’ils n’ont, pour un sourire, une main tendue. 

La seule chose qui résiste au charme de ses yeux bleus, c’est la clé de la domik. Cela fait dix jours que toute l’équipe court après cette clé, le réseau du réalisateur et de la star ne fonctionne pas. Rien n’y fait, on a affaire à un paranoïaque de la plus belle espèce, un de ceux qui ne font confiance à personne, surtout pas à leur propre famille, qui risquerait de leur voler ce qu’ils ont jalousement caché.  Vous pensez certainement que c’est un vieux paysan que le soleil ardent et le froid mordant du pays ont atteint. Non, vous êtes dans l’erreur, c’est un académicien, un scientifique qui a trouvé une nouvelle molécule pour soigner les gens, c’est lui qui brandit la clé convoitée.

- C’est moi qui ouvre et qui referme. Dites-moi l’heure exacte. Et je viendrai. 

- Et pendant les tournages de nuit ? 

Le gardien de la clé fait comme s’il n’avait pas entendu. 

- Je viendrai à chaque fois. 

Que peut bien cacher la domik ? C’est la question qui taraude toute l’équipe française. On découvre finalement quelques matelas, quelques tapis qui pourrissent, jetés pêle-mêle sur le sol humide. 

- Qu’est-ce que tout cela ?

- C’est la dot de sa fille, cela fait vingt ans que ces choses attendent son mariage. 

Du coup, la paranoïa de cet homme se teinte de tragique, sa douleur étreint les cœurs.

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Le réalisateur, Lévon,  rentre à son tour : 

- Je ne sais pas comment je vais faire, le comédien professionnel arménien qui joue celui qui accompagne le chauffeur, j’ai dû lui répéter six fois pour qu’il atténue son jeu. Il l’a fait finalement, mais pas exactement comme je le voulais. C’est pourtant simple, le gars se réveille et il cherche de façon automatique ses cigarettes. Et lui il arrive à en faire trop. 

Le réalisateur mime la scène. 

- C’est simple pourtant. Comment je vais faire avec les autres les voisines, le voisin, les chauffeurs, les ferrailleurs…. Les enfants??? 

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Tournage: Premier jour 14 novembre, 2010

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Tournage dans la salle de concert de l’Institut des Beaux Arts de la ville

Loussiné fait sa prestation à la capitale devant un public nombreux venu acclamer les futurs lauréats. Cent personnes sont attendues dans cette salle pour faire un contraste flamboyant entre la petite ville sinistrée par le tremblement de terre, qui au bout de dix ans n’arrive toujours pas à se relever de ses décombres, et les couleurs, le chic de la capitale. Alors pourquoi n’y a -il qu’ une trentaine de personnes assises ? Pourquoi toutes ces chaises vides ? 

Il faut se rendre à l’évidence, il n’y aura pas plus de monde. L’opérateur devra resserrer les plans de la caméra sur le petit groupe. La raison de cette désaffection ? L’horaire matinal ! Il faut savoir qu’un Arménien dort  encore à 10 heures du matin, qu’il s’agisse du fonctionnaire, de l’artiste ou du commerçant, tous sont au lit à cette heure. Inutile de les appeler, de frapper à leur porte. 

A partir de 11 heures, une heure plus décente pour les réveils tardifs, quelques figurants arrivent négligemment pour s’installer sur une chaise, combler un trou de-ci de-là. On demande alors aux chauffeurs de venir, à la gardienne de s’installer pour faire nombre, masse. Drôle de public pour une soirée de gala, certains très habillés, maquillés, fausses perles et éventail chinois, d’autres en polo de travail. Où est le réalisateur ? Il a un marteau à la main et recouvre un tabouret d’un tissu de velours rouge. 

- Il faut un tabouret à la bonne taille pour la pianiste, celui que vous proposez n’est pas réglable. Elle n’est pas à l’aise pour jouer.

- On n’a pas d’autre tabouret ! 

- Mais nous sommes bien au conservatoire de musique et d’arts ?

- Oui, mais on n’a pas de tabouret pour le piano. Prenez un tabouret en cuisine. 

- Mais il faudrait le recouvrir, la scène se passe à Erevan, la capitale. Il faut que cela soit un peu chic.

- Oui, oui, on fera. On recouvrera. 

- Vous le ferez, on peut compter sur vous.

- Il n’y a pas de problème. 

Le réalisateur un marteau dans les mains, quelques clous dorés dans la bouche recouvre le tabouret. Quand il relève les yeux, il reste  zen devant le public clairsemé. C’est son film, un petit bijou, son trésor qui est en jeu et tout va de travers. 

Apolline, qui joue Loussiné la petite fille muette, prend place sur son fragile tabouret recouvert de tissu rouge devant le grand piano à queue noir, elle reprend inlassablement son morceau. 

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Petite Loussiné qui est née le jour du tremblement de terre, déjà orpheline. Son grand-père a fait venir un piano pour qu’elle puisse s’exercer tous les jours avant le concours, mais celui-ci, le grand piano blanc tant espéré, n’est jamais rentré par la porte de la domik (leur petite maisonnette).  Et c’est dans la courette qu’elle jouera. 

La salle est une étuve. Il y a deux caméra, l’une pour le réalisateur l’autre pour la télévision puisque ce concert sera retransmis sur le petit écran installé dans la courette des baraques. 

- Qui a pensé à l’eau ?! 

- Personne. Demain il y en aura ! 

- Mais on ne vous parle pas de demain, mais d’aujourd’hui. Il y  a des personnes âgées dans la salle. 

Le producteur français, Boris, court en ville pour chercher quelques bouteilles. Le régisseur arménien pense que l’eau pour demain ça suffira. 

Pendant ce temps les conducteurs à l’extérieur du théâtre hurlent, deux très gros hommes suant sur leur camion. 

- Nous on ne travaille pas comme cela! 

- Vous travaillez comment alors ? 

- On travaille, mais pas comme cela. 

En fait, le peuple arménien est affectif, passionnel, il ne peut travailler qu’avec l’Amour. 

- Si on vous aime, on donnera tout, même l’impossible, même ce que l’on n’a pas, il suffit de nous sourire. 

Tournage: Deuxième jour

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Tout ne se passe pas comme on le souhaiterait

- Les comédiens de Gyumri ne sont pas comme j’aimerais, ils sont artificiels. 

Le réalisateur se fâche devant un acteur qui joue le rôle d’un voisin et qui doit enchaîner cinq phrases d’affilée : 

- Je ne sais plus, je comprends ce que vous voulez, mais je ne le retiens qu’un court instant, je suis marionnettiste, jamais je ne suis devant la scène, devant les caméras. 

Même l’acteur français, qui a beaucoup d’expérience, a des difficultés face à son texte. Il bute, renâcle, recommence.  C’est à cause de cette langue propre à Gyumri, de ce dialecte mâtiné d’arménien occidental et d’arménien oriental, mêlé de mots russes. 

« C’est familier en même temps déroutant, c’est difficile à prononcer pour un Arménien d’Egypte. Jouer cela c’est comme demander à un Italien du Nord de jouer en corse, c’est à la fois proche et différent, dit Gérald Papasian, il faut que je quitte mon accent de la diaspora! ».

Le grand-père de Loussiné, Monsieur Manarian, semble ne pas avoir lu le scénario, il faut  recommencer cinq ou six fois les prises pour chaque réplique. 

Alors que les répliques doivent fuser, c’est une scène comique menée à tambour battant, tout progresse avec une infinie lenteur d’hésitations en hésitations, de baffouillements en trous de mémoire. 

- Pourquoi tu n’as pas dit ta réplique à temps, on t’attend !! 

- Je ne savais pas, je ne voulais pas déranger, mon chéri. 

Le réalisateur légèrement désespéré : 

- Je ne sais pas travailler avec les acteurs. 

- Tous les acteurs du monde entier sont comme des enfants, il faut les amener où l’on veut avec beaucoup de douceur et en même temps de fermeté. De toute façon, il faut leur répéter dix fois ce qu’ils doivent faire sinon ils se sentent perdus, affolés, le rassure Ani Hamel qui a l’habitude de soigner le spleen des comédiens. 

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C’est l’équipe arménienne qui s’interroge, ceux qui comprennent cette langue archaïque, impénétrable, pour l’équipe française les acteurs sont expressifs, montrent bien leur intention. Gérald est éblouissant dans son rôle de Séroj, le voisin, ce rôle haut en couleurs et pittoresque, qui lui convient à merveille.

Il y a deux petits stagiaires Arméniens sur le tournage, c’est un grand jour pour eux, une équipe française à Gyumri, ça ne s’est jamais vue et ça ne se verra plus. 

La jeune stagiaire vient habillée en starlette, hauts talons noirs, jupe bouffante, blanche et courte sur des cuisses longues et fermes, elle est prête à arpenter la Croisette. Le décalage est trop grand entre ses rêves et la courette perdue au fin fond de l’Arménie. L’équipe française se met à rire, mon cœur se serre pour la jeune fille en jupette blanche, pour sa honte de s’être trompée d’endroit. Elle rentre chez elle pour se changer, mais elle revient, elle ne s’est pas vexée, c’est une fille de caractère qui sait ce qu’elle veut. 

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Les électros sur le plateau sont créatifs, ils arrachent les gaines électriques avec les dents peu soucieux des 10.000 volts qui circulent dans les gaines. 

Le plus dur pour les techniciens français c’est de donner des indications dans l’urgence, il faut sans cesse un traducteur pour passer du français, à l’anglais pour arriver enfin en arménien dans les oreilles des techniciens. Et tout se règle au final par des gestes stressés et rapides dépassant la barrière de la langue. 

Pour amener une équipe en Arménie, il ne faut pas sélectionner l’équipe en fonction de ses compétences artistiques et techniques mais sur sa maîtrise du russe, l’Arménie est russophone et non anglophile, mais son cœur intime bat pour Charles Aznavour et pour les parfums de Paris. 

Et d’un coup l’orage gronde, on recouvre vite le piano d’une bâche bleue, il pleut des cordes.

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Le jardin assoiffé s’offre à la pluie bienfaisante, tout le pays accueille avec joie l’eau rafraîchissante, seule l’équipe du film regarde tristement les gouttes qui tambourinent sur les toits de fer blanc, inondant la courette des domik. 

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Tournage: Troisième jour 13 novembre, 2010

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Un jardin hors du temps

Il fait beau, il faut se presser, reprendre ce qui a été interrompu par la pluie, car chacun sait que le temps va changer. 

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Le piano est au milieu de la courette, les notes claires sous les doigts agiles de Loussiné, petite musique légère de Schubert dans un vol d’hirondelle, le vent froissant légèrement le feuillage des arbres, le linge sur la corde, le chien musardant, le poil en bataille, une poule avec sa nichée s’affairant sous le cerisier. Une campagne pauvre, mais rassurante, familière et le jaillissement musical, le raffinement d’un grand piano blanc s’alliant avec les choses les plus simples, les plus ordinaires.

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On sent la présence du grand-père comme une évidence dans ce décor de jardin, assis sur une vieille chaise à l’ombre d’un arbre, Monsieur Manarian attend son tour, le moment où il couvera d’un regard tendre sa petite fille adorée.

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Le dos légèrement courbé, à pas lents, il se dirige vers elle et c’est aussi toute la beauté du petit film ce grand amour du grand-père pour sa petite fille, si jeune et pourtant déjà si marquée par la vie. 

Le rythme du tournage fonctionne par à-coups. Changement de plans et action. Mais ce qu’il y a de plus impressionnant dans ce bourdonnement de ruche, où une quarantaine de personnes s’active, c’est le silence. C’est ce moment exceptionnel où Vincent, l’ingénieur du son, demande que tout se fige pour capter l’ambiance. Dans ce moment de statue, c’est le jardin qui prend la main, le balancement des arbres, le frémissement du vent, le froissement d’aile d’une hirondelle deviennent les seuls personnages, volant au passage les pensées, l’âme des acteurs. 

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Apolline est très sage sous le soleil ardent, le dos droit, elle avance dignement son petit tabouret dans les mains pour s’installer au piano.

Les acteurs savent leur texte, les  répliques qu’ils échangent s’enchaînent, c’est un moment serein dans le jardin. Le stress de la veille est oublié, la mise en place est facile. Chacun a compris pourquoi il est là, pour donner son âme à ce petit film touchant et magnifique qui parle avec générosité de la vie difficile que mènent les gens qui ont vécu des choses atroces et qui se relèvent grâce à l’étincelle d’amour et d’humour qu’ils abritent au fond de leur coeur.

Pendant ce temps à Yeravan, à l’ambassade de France, c’est le 14 juillet. Petits fours et sponsors, vedettes et champagne. Jennifer, la productrice, a rendez-vous avec l’attaché culturel.

- Vous savez, on tourne.

- Ah bon! Vous êtes qui vous ?! 

- Je suis productrice, je vous ai envoyé plusieurs e-mails de France, je vous ai eu deux fois au téléphone.

- Ah, bon ?! 

- On tourne dans les domiks, c’est ce que l’on pourrait appeler un événement culturel franco-arménien. Le réalisateur est Lévon Minasian 

- Rappelez-moi qui c’est ? 

-C’est un réalisateur français né dans la ville. Pour ce film nous avons France2, le CNC, la Région Alsace.

-Ah, bon… Vous voulez un petit four? 

Jennifer s’étrangle avec la pâte d’amande frappée du logo prestigieux de Peugeot galamment offerte par l’attaché culturel. 

Tournage: Quatrième jour 12 novembre, 2010

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Madame Galoyan et Raf le Mouillé

Les nuages s’amoncellent, on tourne la scène du seau d’eau, lancé par une voisine de sa fenêtre pour punir l’arrogante femme, chargée de la culture à la mairie de Gyumri, qui vient soutenir la petite Loussiné.

Dix fois la même scène, mais sous un angle différent à chaque fois. Le cinéma est un art de la patience. Il faut éprouver un moment de sympathie pour les comédiens, qui sont dans l’impossibilité de comprendre réellement où ils en sont, tant ils sont les jouets consentants de l’équipe.

La petite stagiaire est partout à la fois, mais elle est toujours au mauvais endroit. Elle n’est pas assez rapide pour protéger du soleil les comédiens avec un vieux parapluie violet : 

- Umbrela, umbrela, crie Alexis, le premier assistant, dont la voix porte à des lieues à la ronde, couvrant même le ronflement du transformateur électrique. 

- En fait elle n’a pas compris ce qu’on lui demandait. 

- Mais elle aurait pu le dire à la place de faire oui, oui. 

- En Arménie, on ne dit jamais qu’on ne comprend pas, on a honte de ne pas savoir faire, de ne pas avoir compris.

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L’acteur qui joue Rafo n’a pas mis le pantalon qu’on lui a donné, il joue avec son propre pantalon, il ne pensait pas être arrosé par le seau renversé de la fenêtre. Il repart le soir à Erevan avec le pantalon sec de son personnage, trop grand pour lui. 

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Aïda fume des cigarettes langoureusement à la fenêtre en attendant de jouer son rôle, Madame Galoyan. On lui présente trois tailleurs préparés par la costumière de Paris, un vert avec un chemisier rose bouffant, un fuchsia et un ensemble rouge écarlate. Elle ne rentre dans aucun des trois, les mesures ont été mal prises, les larmes lui viennent aux yeux.

- Ma chérie, ça n’ira jamais. Je ne rentrerai jamais là-dedans. 

- C’est normal, la coupe une actrice jouant une voisine, tu as grossi. 

- C’est pas vrai, j’ai perdu 17 kg. 

Ani Hamel, la directrice artistique, qui est une femme pleine de ressources, saisit prestement une paire de ciseaux : 

- Ne t’en fais pas, je vais arranger cela. 

Elle coupe, agrandit la ceinture et remonte la jupe jusqu’aux aisselles de la comédienne pour en faire une robe. Et voilà madame Galoyan, en rouge éclatant. Incroyablement originale et imposante avec son petit sac à main brun, accompagnée de Raf le Mouillé, tout maigre, engoncé dans son costume trop grand.

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La voisine acariâtre se met à sa fenêtre, des bigoudis plein les cheveux.

- Silence, ça tourne.

D’un coup un grondement d’orage, le ciel se couvre, les gouttes tombent dru. La terre du jardin ouvre ses lèvres terreuses, le piano est recouvert d’une bâche bleue, les parapluies tourbillonnent, tout le monde se précipite dans la domik. 

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A l’intérieur le grand-père lit imperturbable un vieux livre, pris sur les étagères, il regarde de temps en temps par la fenêtre la courette inondée. Aïda fume à la fenêtre. 

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Apolline un casque bleu sur les oreilles écoute à s’éclater les tympans du rock déjanté japonais, en dessinant des mangas. 

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A l’intérieur de la domik, il n’y a plus un centimètre carré de libre, toute l’équipe est là, à l’abri, dévorant les petits pains salés.

Le premier assistant, le chef opérateur, le réalisateur sous les parapluies s’interrogent dans la courette ruisselante. 

- On va quand même  tourner la scène de la télé. 

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Séroj, Gérald Papasian, reçoit sa télé japonaise, grand écran. Mais impossible de la rentrer par la porte de sa domik. Grand écran ne veut pas dire écran plan, on est en 2000, la modernité, c’est une lourde télé, un bunker sur roulettes.  Gérald Papasian est émouvant, il révèle tout son talent d’acteur, quand son personnage comprend que cette télé, sa fierté, sa folie, sa seule façon de supporter la vie, cette vie, ne rentrera jamais dans sa baraque et qu’il reste désemparé dans la courette.  C’est un acteur formidable. 

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La voiture amène Madame Galoyan et Rafo. On demande à l’acteur. 

- Tu fais une marche arrière. 

- Il n’y a aucun souci. Je vais faire, dit l’acteur. 

Le chauffeur démarre difficilement, la voiture a des soubresauts, hoquette. Il engage la marche à arrière qui grince et fonce en appuyant sur l’accélérateur. 

- Arrête! Arrête!

Trop tard la voiture s’élance, le chauffeur a l’air affolé, la machine infernale stoppe à deux centimètres des poteaux soutenant la domik. On a frôlé la catastrophe! 

- Mais que ce passe-t-il ? 

On découvre un peu tard que l’acteur qui joue le chauffeur ne sait pas conduire. 

Il faut aussi faire la scène après le seau d’eau, où les habitants protègent le piano avec une bâche. Au moment où l’équipe installe la cellophane, un puissant coup de vent fait s’envoler la bâche, chacun tire dessus pour la retenir, court après le plastique récalcitrant tel un cheval sauvage. 

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- A ce moment-là, dans ce coup de vent, on se sentait tous une âme de Mary Poppins, dit Anne, la scripte.

- Pour calmer les furies du temps, je sais ce qu’il faut faire, propose un habitant local. 

- Quoi ? On ne peut rien faire, on est obligé de subir, se lamente le réalisateur. 

- Il faut appeler un prêtre pour venir prier sur les lieux. C’est ce que tout le monde fait dans le pays, un homme en soutane noire avec un encensoir en or. 

 

Tournage: Sixième jour 8 novembre, 2010

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Difficultés et traverses

Après le tournage de nuit, le matin. Le petit-déjeuner a dû mal à passer. 

Le producteur arrive très pâle à la table

- J’en peux plus de la mentalité arménienne, j’ai tourné dans des pays pauvres. C’est le bordel avant le tournage,  mais tout finit par s’agencer. Ici les codes sont hermétiques, quelle que soit la solution proposée, j’ai toujours faux.

- Quel est donc le problème arménien ? 

Chacun autour de la table du petit déjeuner essaie de comprendre cette énigme si douloureuse, si pesante.

- C’est surtout le problème de Gyumri enfoncé, engoncé dans les hautes montagnes comme étranglé par le vent du Nord.  

- La mort qui est restée collée aux semelles des habitants, quand la terre s’est mise à trembler.  

- La soviétisation qui a modelé les caractères, il faudra trois générations pour sortir de l’absurdité de certaines mentalités. 

 - Un capitalisme à tous crins qui fait maintenant qu’il n’y a plus de valeurs pour certains, il y a les profiteurs d’un côté et de l’autre les exploités.

 - L’orgueil, oui l’orgueil des habitants de ce pays qui fait que tout devient difficile, cette aridité, cette âpreté des caractères, cette façon de placer si haut la dignité que l’urgence de la situation, quelle qu’elle soit, ne compte pas, ne peut pas être prise en compte. 

- Le fait que la moitié de la population se croit un artiste de génie donc par conséquent travailler pour le projet d’un autre devient dégradant. 

Un silence s’installe, chacun essaie de mesurer la difficulté. 

- Mais comment trouver une solution à une situation fermée par autant de verrous ?

- Il faudrait plus de temps, mais on n’a qu’une semaine, tout tient sur un fil et il y a encore deux jours de tournage. 

- Le second assistant réalisateur s’est vexé, il y a de quoi car le producteur arménien lui a fait comprendre qu’il ne sera pas payé comme il l’espérait.

- Cela fait deux jours qu’il traîne sur le plateau, qu’il ne fait rien. A trois heures du matin, en pleine scène de tournage, il me demande des comptes, réplique le producteur français. Je comprends son problème, mais j’ai d’autres priorités. 

- Oui,  et en même temps, il a fait déjà des courts métrages, c’est un artiste qui a un égo démesuré et qui pense que c’est lui l’artiste. Il ne veut pas être traité comme un assistant. D’ailleurs depuis que lui-même a une assistante, elle fait tout à sa place. 

Le producteur reprend, ce n’est pas le seul problème. Un silence lourd s’installe autour de la table. 

-  Les propriétaires de la domik ont rendu l’argent qu’on leur devait. On a pas fait de contrat, disent-ils, s’il s’agit d’une simple aide de notre part, on ne prend pas l’argent.

- On peut vous faire un contrat.  

- Non, c’est trop tard. Cela aurait dû être fait.

- Comment trop tard ? En France, on fait des contrats à la fin, ce n’est pas un problème. 

- Ici, c’est un problème soit c’est du travail, soit c’est une aide. Il faut choisir.

Il reste deux jours de tournage, si on se retrouve sans décor, c’est la fin du film. Ils sont fâchés, mais restent polis pour ne pas déranger le tournage, leur sourire est une façade, ils sont minés de l’intérieur par la pensée torturante que ces Occidentaux ont abusé de leur gentillesse. 

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Finalement la productrice, Jennifer, reste une grande partie de son temps avec la propriétaire de la domik, pour tisser les liens, pour réchauffer d’humanité ce qui commençait à se glacer.  

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Il y a un autre problème, Boris, le producteur est fatigué, tout son visage est soudainement marqué, comme effondré.

- On a un problème avec la perruque, les parasols sur le plateau, les chaises, les figurants, les toilettes et la régie qui livre les repas… On mange toujours la même chose!!!

- Ici, tout peut se régler autour d’une bouteille de Vodka.

 L’ingénieur du son, Vincent, s’installe à son tour à table :

- Ce transfo, il fait un bruit insupportable, je fais tout pour ne pas y penser, mais c’est difficile.

- Si on ne trouve pas une solution on va dire que l’ingé est mauvais.

- Il signe la fin de sa carrière, reprend ironiquement quelqu’un autour de la table, en buvant tranquillement son café oriental.

- Tu ne voudras pas mettre ton nom au générique à cause du transfo ? s’inquiète un autre. 

- Non, ce serait dommage, le Piano sera un très joli film, réplique Vincent. 

- Il suffit, dit Stéphan, de faire jouer Loussiné au piano de plus en plus fort pour couvrir le bruit du transfo et que cela se voit à l’écran.

- Oui, tu as raison, d’ailleurs ce transfo fait partie de leur vie, il faudra que le spectateur le comprenne. Sinon, il va y avoir un problème. 

 

Tournage: Sixème jour (suite) 7 novembre, 2010

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Des gamins pas faciles à gérer

- Gakik n’est pas si bien que cela, dès que la caméra est sur lui, il se fige. Je n’arrive pas à casser la glace, il faudrait plus de répétitions. En fait, on manque de temps. Une semaine, c’est trop court, dit Lévon, le réalisateur. Dans certains films les enfants sont tellement naturels, confondants de vérité. Comment font les réalisateurs pour obtenir ce résultat ? 

- Ce n’est que du travail, dit Ani, l’assistante artistique, il faut répéter plusieurs mois, pour que les enfants puissent se lâcher devant la caméra. 

- Le grand est mieux, et celui qui porte un Marcel jaune aussi. Où l’as-tu trouvé ? 

- Sur le décor, il regardait le tournage, c’est lui aussi qui démarrait à chaque fois la grue, repond Lévon. 

- C’est le fils du grutier ? 

- Non, c’est juste un gamin débrouillard du quartier qui traînait par-là. 

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- Gakik, en jouant remonte une mèche de tes cheveux. 

Le réalisateur regarde le petit droit dans les yeux, regard vert contre regard bleu, deux gars du pays, qui appartiennent à la même terre. 

- Tu as compris! 

Le petit fait signe de la tête pour acquiescer. 

- Silence, on tourne. 

Les enfants jouent dans le décor de la fontaine, imitant la guerre, jeux de pistolet qui résonnent de leurs cris contre son imposante structure de fonte noire. 

- Tu n’as pas fait ce que l’on te demande. Pourquoi? Tu n’as pas compris ? 

Les yeux verts de l’adulte dans les yeux clairs butés, enfantins. 

- J’ai compris, mais ce geste, je ne le ferai pas. 

Deux petits gamins aux yeux bleus, cheveux noirs, viennent sur le tournage avec leur grand-père. 

- Qu’est-ce que cela ? 

Ils sont endimanchés, nœuds papillon, pantalons noirs, chemises blanches, impeccablement repassées. 

- Je t’ai déjà dit des vêtements usés, un peu abîmés, voire salis. J’ai dit cela déjà, et pas qu’une seule fois !! 

- Nous n’avons pas de vêtements comme cela chez nous. 

Les deux petits regardent tristement par terre, creusant légèrement le sol de leurs souliers vernis. 

- Si ça te convient pas, je ramène les petits à la maison. 

- Oui, c’est ça, va, dit le réalisateur hors de lui, rageant comme le vent qui se lève d’un coup. Lévon a donc pris le garnement du quartier au Marcel jaune, mettant en valeur sa musculation de petit homme, malgré ses 13 ans. Il a parfaitement joué, le petit gars du terrain vague. Le ciel était beau, un crépuscule dégradé de gris entre les ruines, la fontaine monumentale découpant sa triste masse de fonte noire, grandiose et inutile. 

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- C’est étrange d’aborder un pays uniquement par sa tristesse, le naufrage de ses ruines. 

- Vous auriez pu faire après le tournage un peu de tourisme. 

- Oui, on n’a pas le temps, c’est dommage. 

- Il y a de beaux coins, quelques îlots magnifiques entre deux pans de terre aride, effondrée. 

 

Une décoratrice en herbe sur le terrain

 

La productrice, Jennifer, attend le taxi à la porte de l’hôtel. 

- Comment lui dire que je vais sur le décor ? Ils ne parlent pas l’anglais, moi je n’ai pas encore appris leur langue. 

- Ne t’inquiète pas toute la ville sait qu’il y a des Français qui tournent dans les baraques, sur les terrains vagues. 

- On devient célèbres. 

- Toute la ville sait, c’est une petite ville, tout le monde sait tout à chaque instant, c’est pourquoi il n’y a pas de criminalité. 

- C’est vrai que l’on peut se promener à toute heure dans les rues excentrées, on n’a pas peur, même en tant que femme. 

- Oui, c’est pour cela, cette tranquillité, chacun sachant ce que l’autre fait. 

 Jennifer, une lampe orange à la main enveloppée  dans une couverture rouge frangée de jaune, attend le taxi qui la mènera au décor. 

- Je ne sais pas si c’est avec ça que tu gagneras le Lutin de la décoration!

- Moi, non plus, j’ai pris ce que je pouvais à l’hôtel pour mettre dans la petite baraque. 

- On a pris aussi des choses chez la mère du réalisateur, quelques tabourets en sky gris et une vieille lampe. 

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Tournage: Septième jour (suite) 5 novembre, 2010

Posté par estermann dans : Lire tout le journal,Tournage jour , ajouter un commentaire

Il fait enfin beau, c’est génial! on tourne à l’intérieur

Le temps s’est remis au beau, il y a de la douceur même. Dans l’ombre des maigres cerisiers, on sent l’été revenir. Le potager de la domik redevient le jardin de l’enfance, de cette pauvreté qui est si familière, si touchante, accessible, ce petit ilot vivant, odorant où glousse la poule rousse suivie de ses petits

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Aujourd’hui, c’est une scène sans réelles difficultés, c’est un tournage intérieur. Le grand-père lit en attendant l’entrée de sa petite fille.

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Cette domik ressemble à une datcha, on s’y verrait presque passer quelques jours de vacances, de repos avec le jardin baigné de soleil, les griottes rouges sur le fond vert des branches. Magie du cinéma.

 

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Même la petite cuisine est accueillante, avec les taches de rouge qui égayent l’émail blanc.

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Le décor était nu, froid quand l’équipe est arrivée… s’en ira.

Il faut que tout redevienne comme avant, rien ne doit changer.

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 Le tournage intérieur ne pose pas de problèmes.Tout est sous contrôle, même les averses.

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Chacun trouve rapidement ses marques, sans fausses notes.

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C’est le tournage en extérieur avec les enfants qui préoccupe le réalisateur. C’est le seul moment, où Lévon quitte son calme olympien. Sa disponibilité habituelle est submergée d’anxiété. 

Demain c’est une journée, rien qu’avec les enfants!!!!

Tournage: Le dernier jour – matin 4 novembre, 2010

Posté par estermann dans : Lire tout le journal,Tournage jour , ajouter un commentaire

Un décor de ruines, une bande de gamins joue au football. Gakik se détache des autres enfants car il vient d’entendre la petite musique entêtante de Schubert. Il se fige un instant et court voir qui joue ainsi. Le jeune garçon est mécanique, il fait les gestes demandés comme un automate. 

- Tu sais ce que tu dois faire. 

- Oui, je sais : j’écoute la musique. 

- Est-ce que tu entends en toi cette musique ? 

- Non, pas du tout, j’entends rien. 

- Il faut portant que tu l’entendes pour jouer correctement.  

- Non! Il n’y a rien dans mes oreilles. 

 Les gestes de l’enfant sont saccadés. Rien n’y fait, il est là dans ce décor de ruines, cet effondrement, sans la moindre étincelle d’imagination.

- Ils sont tous en fait comme cela les enfants qu’on a choisis, ils n’arrivent pas à se concentrer une seconde. C’est l’influence néfaste de la télé. 

- Non, c’est comme tous les enfants du monde entrant dans l’adolescence. 

Les gamins courent sous un soleil de plomb.

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- Allez chercher de l’eau, demande-t-on au régisseur arménien.

- Oui, oui on envoie le camion. 

- Les enfants ont soif, ils courent sous le soleil asséchant. Il n’y a pas d’eau.  

Boris, le producteur, court sur la route défoncée, minée de flaques d’eau, sur le sol encore boueux de la pluie d’hier au soir. Il ramène quelques bouteilles pour étancher la soif des enfants qui ont couru sous le soleil. 

Encore un problème 3 novembre, 2010

Posté par estermann dans : Lire tout le journal,Tournage jour , ajouter un commentaire

- Les propriétaires de la domik veulent une réunion, dit  Jennifer affolée.

- Encore, soupire Boris, chaque fois qu’on fait une réunion cela n’aboutit à rien. 

- Ils veulent voir les responsables français, et arméniens. Il faut que vous preniez le temps de le faire.

Dans la cuisine de la petite domik, Samson et Arminé affrontent l’équipe. Le mari gêné regarde sa femme, il n’a pas l’habitude d’une attaque frontale.  Elle commence, le réalisateur, Lévon, traduit.

- On n’a rien dit jusqu’à présent pour ne pas déranger le tournage, mais vous avez abusé, vous nous avez abusés, pris pour des abrutis.

- On peut vous faire un contrat.  Vous dédommager.

- Ce n’est pas ce dont on parle, on parle de respect. Vous avez dépouillé notre maison pour faire votre décor, on a gentiment dit : oui. Le grand-père est très malade, vous avez installé votre actrice à l’étage dans sa chambre pendant quatre jours, vous n’avez jamais dit que vous alliez finir à cinq heures du matin. Vous avez dit on tourne dans la cour et un peu dans la baraque désaffectée, puis vous êtes rentrés chez-nous. Vous avez pris de plus en plus de place. 

- Nous sommes désolés, nous pensions que vous aviez signé un contrat

- Quel contrat ? D’ailleurs, il suffisait de nous dire. 

- Oui, on s’est comporté en Occidentaux, presque en Américains.

- Vous auriez dû dire, on n’a pas d’argent, mais on vient avec notre cœur et nous nous aurions été heureux. 

Il ne fallait pas expliquer une fois en gros, en une seule fois, ce que cela allait être ce tournage, la place que cela allait prendre dans les vies. Personne ne peut imaginer que c’est cela le cinéma! Quand on dit une scène le temps que cela prend, les différents plans de face, de derrière, de profil et encore…à nouveau… contre champ. Que cela prend la journée, ou la nuit entière, toutes ces heures! Personne ne peut imaginer cette lenteur pour une seconde réellement filmée, gardée.

C’est  cet écart-là qu’ils n’ont pas compris, les habitants de la domik, c’est dans cet écart qu’ils se sont sentis, roulés, arnaqués. Entre le temps de l’attente et de l’action, il y a un gouffre. On dit : on va tourner une scène, la scène du seau d’eau et on fait vingt prises : le seau vide, le seau seul. C’est inimaginable ce que peut-être réellement le cinéma pour ceux qui sont devant leur petit écran. 

- Dans tout tournage il y a des malentendus, c’est normal, ce n’est pas propre à ce pays-là.

- On s’est comporté aussi comme des Américains avec la même arrogance.

- On était pressé par le tournage, l’angoisse de la pluie, des orages, du vent du Nord, de ne pas pouvoir finir à temps, l’essentiel était le film.

 Chacun cherche une justification pour affronter le malaise car on les aime bien Sanson et Arminé, même si quand ils parlent d’hospitalité on ne comprend pas exactement la réelle portée de ce mot.

- Oui, mais l’essentiel est souvent autre part entre l’urgence et la nécessité. 

 La productrice Jennifer est revenue des domiks avec des pots de confitures à la cerise et à l’abricot plein son sac.

 - Tiens prends, c’est pour toi les fruits de notre jardin

La propriétaire de la domik, Arminé, lui tend encore un autre paquet, du papier blanc enveloppant des pâtisseries faites maison le matin même.

- Tiens c’est pour ta mère en France. Prends. Ne sois pas gênée, ici c’est comme cela. 

- C’est vrai que le peuple arménien est un peuple étonnant. 

- De toute façon on est toujours l’étonnement de l’autre, j’ai fait des tournages au Japon, aux USA, en Irlande, mais le plus complexe, le plus délicat, c’est finalement avec nos voisins les plus proches, les Anglais. C’est avec eux que cela a été le plus difficile, réplique Jennifer.

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