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Gérald Papasian 16 novembre, 2010

Posté par estermann dans : Gerald Papasian,La meilleure equipe,Lire tout le journal , ajouter un commentaire

Barbier, perruque et catogan

 

catogan prêt pour la perruque

Un des comédiens français, Gérald Papasian, a besoin d’une perruque, travaillant avec Irina Brook, il doit garder absolument son catogan.

Mais ici cela fait homosexuel et à Gyumri, c’est une réalité qui n’existe pas. Il n’y a pas d’homosexuels, il a des hommes virils, très poilus, qui parlent fort, fument avec conviction et se baignent entre eux à la piscine de notre hôtel. 

On est dans la deuxième ville du pays, mais la plus rétrograde aussi. Dans les montagnes au fin fond du Caucase, les femmes sont plus libres, mais ici, c’est strict, on se dirait dans un pays musulman : Iran, Azerbaïdjan, Turquie, on a le choix entre voisins. 

Pour cacher ce catogan, il faut une perruque. Mais le directeur du théâtre a été vexé, on ne sait plus pour quelle raison il ne veut plus entendre parler du tournage. 

Se vexer est un sport national, il faut se vexer pour se sentir exister, tous les moyens sont bons pour exceller dans cet art. Le décorateur arménien s’est vexé car on a voulu le payer en monnaie locale, les acteurs car ils ne jouent pas dans une série mais dans un court métrage, la maquilleuse car elle doit fermer son salon, l’habilleuse car elle ne s’est pas occupée des costumes, le directeur du CNC local, car la production française lui envoie des e-mails officiels alors qu’il suffit de lui téléphoner sur son portable (c’est à cause de cela que le film n’a pas eu d’argent du CNC, alors qu’il s’agit d’un film tourné uniquement en arménien)… 

Et le but du jeu, ensuite c’est de disparaître, mais de faire croire que l’on va venir honorer sa parole pour le lendemain. Plus les liens amicaux sont forts, plus la disparition est brutale et irrévocable. 

Mais revenons à notre perruque…

Comment récupérer la perruque pour ne vexer personne sans s’arracher les cheveux? Il faut actionner le réseau parallèle. Si le réseau du réalisateur ne fonctionne pas, car toute la chaîne s’est vexée, il faut demander à Vardan Pétrossian, la star arménienne qui passe souvent à la télé, qui connaît un ami d’un ami, qui peut récupérer la perruque au théâtre par une porte dérobée.

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Autre problème, il faut soigner la barbe hirsute de Gérald Papasian. On l’entraîne dans la vieille ville, celle que l’on nomme Alexandrapole, chez un barbier qui n’a pas été rénové depuis l’ère soviétique. 

Cinq vieillards sont là tirant sur leurs clopes, regardant par en dessous les nouveaux arrivants.  Ils se mettent tous à branler du chef : 

- Une queue de cheval… ça fait pédé. 

Le barbier lui domestique avec réticence sa barbe folle de comédien. 

- Je vous dois combien ? 

Laissez, laissez, c’est pour rien, vous êtes mon invité. 

      Gérald en Séroj

Cinq beaux mecs, un parano et une fontaine 15 novembre, 2010

Posté par estermann dans : La meilleure equipe,Lire tout le journal,Tournage jour , ajouter un commentaire

Boris, le producteur, se retrouve seul au pied d’une fontaine monumentale à sec, au centre d’un carrefour qui n’existe plus depuis le tremblement de terre, serrant fort la caméra contre son cœur, les pieds sur les caisses de matériel, autour de lui une dizaine d’enfants qui piaillent et une vieille à l’haleine fétide qui lui souffle dans l’oreille, un vol noir d’hirondelles dans le ciel : 

- Je sens bien que tu as de l’argent toi. Donne, donne-moi mon chéri.  

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Pendant ce temps le premier assistant, Alexis, arpente les routes cabossées en frappant fort de sa canne le sol défoncé. Sur le décor, ce n’est pas lui qui a disparu dans un trou, mais cette fois-ci c’est sa canne dont on reconnaît partout le son rapide et sec de Capitaine Crochet. 

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L’équipe rentre, le moral est haut à l’hôtel : 

- On a fait de jolies choses aujourd’hui, on y croit aux personnages, à l’histoire. 

Ils sont tous là sur le perron de l’hôtel, cinq jeunes et beaux mecs : le chef op., Stéphan, l’ingénieur du son, Vincent, le premier assistant caméra, Ugo, le premier assistant, Alexis, le producteur, Boris – buvant une bière locale légèrement dorée « Gyumri » ou plus brune « Alexandrapole ».

Une équipe professionnelle, une équipe de choc. 

En voyant ainsi de si belles gueules, le personnel de l’hôtel s’est longtemps interrogé avant d’oser poser la question :  Ce sont les acteurs qui vont jouer dans le film ? Le rôle de jeune premier étant attribué à l’unanimité à Boris, le producteur. Il n’y avait qu’une seule incertitude qui circulait de la cuisine à l’antre du gardien  Comment vont-ils jouer en arménien puisqu’ils ne connaissent pas la langue? 

La productrice, Jennifer, rentre à son tour, elle sent l’humidité de la domik des pieds à la tête, cette odeur insinuante qui pénètre partout même en plein cœur de l’été. Elle est restée toute la journée sur le décor, mais elle sait faire: elle sourit tout le temps, elle encourage, elle dit merci à tout bout de champ, et elle obtient tout ce qu’elle veut. Elle seule connaît la clé, le peuple arménien est affectif, il lui faut chaleur et amour. 

- Tout de suite, il faut prendre un café ensemble, discuter, se sourire, montrer son humanité. Ce moment fraternel fait avancer les choses, les Arméniens se mettent à donner plus qu’ils n’ont, pour un sourire, une main tendue. 

La seule chose qui résiste au charme de ses yeux bleus, c’est la clé de la domik. Cela fait dix jours que toute l’équipe court après cette clé, le réseau du réalisateur et de la star ne fonctionne pas. Rien n’y fait, on a affaire à un paranoïaque de la plus belle espèce, un de ceux qui ne font confiance à personne, surtout pas à leur propre famille, qui risquerait de leur voler ce qu’ils ont jalousement caché.  Vous pensez certainement que c’est un vieux paysan que le soleil ardent et le froid mordant du pays ont atteint. Non, vous êtes dans l’erreur, c’est un académicien, un scientifique qui a trouvé une nouvelle molécule pour soigner les gens, c’est lui qui brandit la clé convoitée.

- C’est moi qui ouvre et qui referme. Dites-moi l’heure exacte. Et je viendrai. 

- Et pendant les tournages de nuit ? 

Le gardien de la clé fait comme s’il n’avait pas entendu. 

- Je viendrai à chaque fois. 

Que peut bien cacher la domik ? C’est la question qui taraude toute l’équipe française. On découvre finalement quelques matelas, quelques tapis qui pourrissent, jetés pêle-mêle sur le sol humide. 

- Qu’est-ce que tout cela ?

- C’est la dot de sa fille, cela fait vingt ans que ces choses attendent son mariage. 

Du coup, la paranoïa de cet homme se teinte de tragique, sa douleur étreint les cœurs.

      le parano et sa clé d'orimg1428.jpgimg1429.jpg

Le réalisateur, Lévon,  rentre à son tour : 

- Je ne sais pas comment je vais faire, le comédien professionnel arménien qui joue celui qui accompagne le chauffeur, j’ai dû lui répéter six fois pour qu’il atténue son jeu. Il l’a fait finalement, mais pas exactement comme je le voulais. C’est pourtant simple, le gars se réveille et il cherche de façon automatique ses cigarettes. Et lui il arrive à en faire trop. 

Le réalisateur mime la scène. 

- C’est simple pourtant. Comment je vais faire avec les autres les voisines, le voisin, les chauffeurs, les ferrailleurs…. Les enfants??? 

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Intermezzo 11 novembre, 2010

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 E la nave va… (Et vogue le navire)

- C’est marrant, ici, il n’y a aucun homme en short. 

- C’est normal dans ce pays, il faut être viril et le short ce n’est pas viril. Quand on est un homme, on ne montre rien de soi, même pas ses doigts de pieds. 

- Qu’est-ce que les Arméniens doivent penser de moi quand je gesticule devant eux dans mon short bleu ? 

Notre précieux premier assistant, Alexis, va et vient énergiquement sur le décor en short, le producteur français, Boris, a même mis dans sa valise du rose pour ce court attribut.

Mais ici, dans ce pays  âpre de montagnes, pour être poilu et viril, il faut un pantalon long, des chaussures très pointues en croco jaune pour faire riche et pour les plus pauvres de simples chaussures noires, dont la pointe est le plus relevée possible, font l’affaire.

Le premier assistant n’a rien d’efféminé, il a une voix de stentor, une voix puissante et impérieuse, il agite avec violence sa canne, tel le capitaine Crochet alors que le réalisateur sautille d’un endroit à un autre avec la légèreté de Peter Pan.

En tout cas, ils sont tous deux aux commandes du même navire, de la même galère :  

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Silence, moteur, action! Tous les hommes à leur poste!

Le Chef op, Stéphan, à la dunette

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…avec son assistant, Ugo, pour régler la longue vue…

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…l’ingénieur du son, Vincent, pour compter les coups de canon…

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la scripte, Anne, à la carte et aux compas pour garder le cap…

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…les deux producteurs, à l’intendance: Boris aux eaux usées…

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…Jennifer au réveil matin…

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…et les matelots qui s’activent sur le pont, les coursives. Autour le vent du Nord qui souffle, l’orage qui gronde, la tempête qui s’abat. Ce tournage c’est Apocalypse Now. Non en est en Arménie, ce n’est jamais now, mais pour demain, c’est ce qu’il y a de rassurant finalement dans  ce pays.

Le Capitaine Crochet à Peter Pan : T’inquiète pas on va le finir ton film!!!!   

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Il manque à cet équipage fantastique la Fée Clochette.  C’est Ani, un joli brin de femme, à la tignasse noire, aux espadrilles compensées, qui arrondit les angles, traduit, fait les ourlets, soulage, coiffe, conseille, court d’un endroit à un autre sur ses légers souliers rouges.

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Il y a même le chien !! qui tourbillonne partout, aboie, se fait caresser, attaque une poule, gobe une frite, joue avec les gobelets en plastique en moment où toute l’équipe s’enfonce dans le silence.

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La douane fouine dans le matériel, ils ne se contentent pas des listes réglementaires, ils veulent d’autres listes, ils veulent que le moindre boulon, la moindre vis soient pris en photo. 

- La douane demande cela pour quand ? Cela peut attendre demain ?

- C’était pour hier, aujourd’hui c’est urgent. 

- Mais ce soir on est fatigué.

 L’ingénieur du son, qui est pourtant de très bonne composition, s’énerve : 

- Dix heures dans les pattes, photographier mon matériel ça va prendre deux heures, je le ferai demain. 

- Il nous faut aussi la liste du matériel avec les codes de tout l’équipement. 

- Mais on leur a déjà fourni une liste en français et en anglais comme la réglementation internationale l’impose.

- Oui, oui, mais nous on veut une liste en arménien, tant pis si vous mettez deux heures à retraduire. 

Ce matin, il fait beau! on ne tourne pas. C’est extérieur nuit, et ce soir quel temps fera-t-il ? 

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