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Cinq beaux mecs, un parano et une fontaine 15 novembre, 2010

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Boris, le producteur, se retrouve seul au pied d’une fontaine monumentale à sec, au centre d’un carrefour qui n’existe plus depuis le tremblement de terre, serrant fort la caméra contre son cœur, les pieds sur les caisses de matériel, autour de lui une dizaine d’enfants qui piaillent et une vieille à l’haleine fétide qui lui souffle dans l’oreille, un vol noir d’hirondelles dans le ciel : 

- Je sens bien que tu as de l’argent toi. Donne, donne-moi mon chéri.  

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Pendant ce temps le premier assistant, Alexis, arpente les routes cabossées en frappant fort de sa canne le sol défoncé. Sur le décor, ce n’est pas lui qui a disparu dans un trou, mais cette fois-ci c’est sa canne dont on reconnaît partout le son rapide et sec de Capitaine Crochet. 

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L’équipe rentre, le moral est haut à l’hôtel : 

- On a fait de jolies choses aujourd’hui, on y croit aux personnages, à l’histoire. 

Ils sont tous là sur le perron de l’hôtel, cinq jeunes et beaux mecs : le chef op., Stéphan, l’ingénieur du son, Vincent, le premier assistant caméra, Ugo, le premier assistant, Alexis, le producteur, Boris – buvant une bière locale légèrement dorée « Gyumri » ou plus brune « Alexandrapole ».

Une équipe professionnelle, une équipe de choc. 

En voyant ainsi de si belles gueules, le personnel de l’hôtel s’est longtemps interrogé avant d’oser poser la question :  Ce sont les acteurs qui vont jouer dans le film ? Le rôle de jeune premier étant attribué à l’unanimité à Boris, le producteur. Il n’y avait qu’une seule incertitude qui circulait de la cuisine à l’antre du gardien  Comment vont-ils jouer en arménien puisqu’ils ne connaissent pas la langue? 

La productrice, Jennifer, rentre à son tour, elle sent l’humidité de la domik des pieds à la tête, cette odeur insinuante qui pénètre partout même en plein cœur de l’été. Elle est restée toute la journée sur le décor, mais elle sait faire: elle sourit tout le temps, elle encourage, elle dit merci à tout bout de champ, et elle obtient tout ce qu’elle veut. Elle seule connaît la clé, le peuple arménien est affectif, il lui faut chaleur et amour. 

- Tout de suite, il faut prendre un café ensemble, discuter, se sourire, montrer son humanité. Ce moment fraternel fait avancer les choses, les Arméniens se mettent à donner plus qu’ils n’ont, pour un sourire, une main tendue. 

La seule chose qui résiste au charme de ses yeux bleus, c’est la clé de la domik. Cela fait dix jours que toute l’équipe court après cette clé, le réseau du réalisateur et de la star ne fonctionne pas. Rien n’y fait, on a affaire à un paranoïaque de la plus belle espèce, un de ceux qui ne font confiance à personne, surtout pas à leur propre famille, qui risquerait de leur voler ce qu’ils ont jalousement caché.  Vous pensez certainement que c’est un vieux paysan que le soleil ardent et le froid mordant du pays ont atteint. Non, vous êtes dans l’erreur, c’est un académicien, un scientifique qui a trouvé une nouvelle molécule pour soigner les gens, c’est lui qui brandit la clé convoitée.

- C’est moi qui ouvre et qui referme. Dites-moi l’heure exacte. Et je viendrai. 

- Et pendant les tournages de nuit ? 

Le gardien de la clé fait comme s’il n’avait pas entendu. 

- Je viendrai à chaque fois. 

Que peut bien cacher la domik ? C’est la question qui taraude toute l’équipe française. On découvre finalement quelques matelas, quelques tapis qui pourrissent, jetés pêle-mêle sur le sol humide. 

- Qu’est-ce que tout cela ?

- C’est la dot de sa fille, cela fait vingt ans que ces choses attendent son mariage. 

Du coup, la paranoïa de cet homme se teinte de tragique, sa douleur étreint les cœurs.

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Le réalisateur, Lévon,  rentre à son tour : 

- Je ne sais pas comment je vais faire, le comédien professionnel arménien qui joue celui qui accompagne le chauffeur, j’ai dû lui répéter six fois pour qu’il atténue son jeu. Il l’a fait finalement, mais pas exactement comme je le voulais. C’est pourtant simple, le gars se réveille et il cherche de façon automatique ses cigarettes. Et lui il arrive à en faire trop. 

Le réalisateur mime la scène. 

- C’est simple pourtant. Comment je vais faire avec les autres les voisines, le voisin, les chauffeurs, les ferrailleurs…. Les enfants??? 

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Tournage: Premier jour 14 novembre, 2010

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Tournage dans la salle de concert de l’Institut des Beaux Arts de la ville

Loussiné fait sa prestation à la capitale devant un public nombreux venu acclamer les futurs lauréats. Cent personnes sont attendues dans cette salle pour faire un contraste flamboyant entre la petite ville sinistrée par le tremblement de terre, qui au bout de dix ans n’arrive toujours pas à se relever de ses décombres, et les couleurs, le chic de la capitale. Alors pourquoi n’y a -il qu’ une trentaine de personnes assises ? Pourquoi toutes ces chaises vides ? 

Il faut se rendre à l’évidence, il n’y aura pas plus de monde. L’opérateur devra resserrer les plans de la caméra sur le petit groupe. La raison de cette désaffection ? L’horaire matinal ! Il faut savoir qu’un Arménien dort  encore à 10 heures du matin, qu’il s’agisse du fonctionnaire, de l’artiste ou du commerçant, tous sont au lit à cette heure. Inutile de les appeler, de frapper à leur porte. 

A partir de 11 heures, une heure plus décente pour les réveils tardifs, quelques figurants arrivent négligemment pour s’installer sur une chaise, combler un trou de-ci de-là. On demande alors aux chauffeurs de venir, à la gardienne de s’installer pour faire nombre, masse. Drôle de public pour une soirée de gala, certains très habillés, maquillés, fausses perles et éventail chinois, d’autres en polo de travail. Où est le réalisateur ? Il a un marteau à la main et recouvre un tabouret d’un tissu de velours rouge. 

- Il faut un tabouret à la bonne taille pour la pianiste, celui que vous proposez n’est pas réglable. Elle n’est pas à l’aise pour jouer.

- On n’a pas d’autre tabouret ! 

- Mais nous sommes bien au conservatoire de musique et d’arts ?

- Oui, mais on n’a pas de tabouret pour le piano. Prenez un tabouret en cuisine. 

- Mais il faudrait le recouvrir, la scène se passe à Erevan, la capitale. Il faut que cela soit un peu chic.

- Oui, oui, on fera. On recouvrera. 

- Vous le ferez, on peut compter sur vous.

- Il n’y a pas de problème. 

Le réalisateur un marteau dans les mains, quelques clous dorés dans la bouche recouvre le tabouret. Quand il relève les yeux, il reste  zen devant le public clairsemé. C’est son film, un petit bijou, son trésor qui est en jeu et tout va de travers. 

Apolline, qui joue Loussiné la petite fille muette, prend place sur son fragile tabouret recouvert de tissu rouge devant le grand piano à queue noir, elle reprend inlassablement son morceau. 

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Petite Loussiné qui est née le jour du tremblement de terre, déjà orpheline. Son grand-père a fait venir un piano pour qu’elle puisse s’exercer tous les jours avant le concours, mais celui-ci, le grand piano blanc tant espéré, n’est jamais rentré par la porte de la domik (leur petite maisonnette).  Et c’est dans la courette qu’elle jouera. 

La salle est une étuve. Il y a deux caméra, l’une pour le réalisateur l’autre pour la télévision puisque ce concert sera retransmis sur le petit écran installé dans la courette des baraques. 

- Qui a pensé à l’eau ?! 

- Personne. Demain il y en aura ! 

- Mais on ne vous parle pas de demain, mais d’aujourd’hui. Il y  a des personnes âgées dans la salle. 

Le producteur français, Boris, court en ville pour chercher quelques bouteilles. Le régisseur arménien pense que l’eau pour demain ça suffira. 

Pendant ce temps les conducteurs à l’extérieur du théâtre hurlent, deux très gros hommes suant sur leur camion. 

- Nous on ne travaille pas comme cela! 

- Vous travaillez comment alors ? 

- On travaille, mais pas comme cela. 

En fait, le peuple arménien est affectif, passionnel, il ne peut travailler qu’avec l’Amour. 

- Si on vous aime, on donnera tout, même l’impossible, même ce que l’on n’a pas, il suffit de nous sourire. 

Tournage: Deuxième jour

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Tout ne se passe pas comme on le souhaiterait

- Les comédiens de Gyumri ne sont pas comme j’aimerais, ils sont artificiels. 

Le réalisateur se fâche devant un acteur qui joue le rôle d’un voisin et qui doit enchaîner cinq phrases d’affilée : 

- Je ne sais plus, je comprends ce que vous voulez, mais je ne le retiens qu’un court instant, je suis marionnettiste, jamais je ne suis devant la scène, devant les caméras. 

Même l’acteur français, qui a beaucoup d’expérience, a des difficultés face à son texte. Il bute, renâcle, recommence.  C’est à cause de cette langue propre à Gyumri, de ce dialecte mâtiné d’arménien occidental et d’arménien oriental, mêlé de mots russes. 

« C’est familier en même temps déroutant, c’est difficile à prononcer pour un Arménien d’Egypte. Jouer cela c’est comme demander à un Italien du Nord de jouer en corse, c’est à la fois proche et différent, dit Gérald Papasian, il faut que je quitte mon accent de la diaspora! ».

Le grand-père de Loussiné, Monsieur Manarian, semble ne pas avoir lu le scénario, il faut  recommencer cinq ou six fois les prises pour chaque réplique. 

Alors que les répliques doivent fuser, c’est une scène comique menée à tambour battant, tout progresse avec une infinie lenteur d’hésitations en hésitations, de baffouillements en trous de mémoire. 

- Pourquoi tu n’as pas dit ta réplique à temps, on t’attend !! 

- Je ne savais pas, je ne voulais pas déranger, mon chéri. 

Le réalisateur légèrement désespéré : 

- Je ne sais pas travailler avec les acteurs. 

- Tous les acteurs du monde entier sont comme des enfants, il faut les amener où l’on veut avec beaucoup de douceur et en même temps de fermeté. De toute façon, il faut leur répéter dix fois ce qu’ils doivent faire sinon ils se sentent perdus, affolés, le rassure Ani Hamel qui a l’habitude de soigner le spleen des comédiens. 

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C’est l’équipe arménienne qui s’interroge, ceux qui comprennent cette langue archaïque, impénétrable, pour l’équipe française les acteurs sont expressifs, montrent bien leur intention. Gérald est éblouissant dans son rôle de Séroj, le voisin, ce rôle haut en couleurs et pittoresque, qui lui convient à merveille.

Il y a deux petits stagiaires Arméniens sur le tournage, c’est un grand jour pour eux, une équipe française à Gyumri, ça ne s’est jamais vue et ça ne se verra plus. 

La jeune stagiaire vient habillée en starlette, hauts talons noirs, jupe bouffante, blanche et courte sur des cuisses longues et fermes, elle est prête à arpenter la Croisette. Le décalage est trop grand entre ses rêves et la courette perdue au fin fond de l’Arménie. L’équipe française se met à rire, mon cœur se serre pour la jeune fille en jupette blanche, pour sa honte de s’être trompée d’endroit. Elle rentre chez elle pour se changer, mais elle revient, elle ne s’est pas vexée, c’est une fille de caractère qui sait ce qu’elle veut. 

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Les électros sur le plateau sont créatifs, ils arrachent les gaines électriques avec les dents peu soucieux des 10.000 volts qui circulent dans les gaines. 

Le plus dur pour les techniciens français c’est de donner des indications dans l’urgence, il faut sans cesse un traducteur pour passer du français, à l’anglais pour arriver enfin en arménien dans les oreilles des techniciens. Et tout se règle au final par des gestes stressés et rapides dépassant la barrière de la langue. 

Pour amener une équipe en Arménie, il ne faut pas sélectionner l’équipe en fonction de ses compétences artistiques et techniques mais sur sa maîtrise du russe, l’Arménie est russophone et non anglophile, mais son cœur intime bat pour Charles Aznavour et pour les parfums de Paris. 

Et d’un coup l’orage gronde, on recouvre vite le piano d’une bâche bleue, il pleut des cordes.

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Le jardin assoiffé s’offre à la pluie bienfaisante, tout le pays accueille avec joie l’eau rafraîchissante, seule l’équipe du film regarde tristement les gouttes qui tambourinent sur les toits de fer blanc, inondant la courette des domik. 

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Tournage: Troisième jour 13 novembre, 2010

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Un jardin hors du temps

Il fait beau, il faut se presser, reprendre ce qui a été interrompu par la pluie, car chacun sait que le temps va changer. 

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Le piano est au milieu de la courette, les notes claires sous les doigts agiles de Loussiné, petite musique légère de Schubert dans un vol d’hirondelle, le vent froissant légèrement le feuillage des arbres, le linge sur la corde, le chien musardant, le poil en bataille, une poule avec sa nichée s’affairant sous le cerisier. Une campagne pauvre, mais rassurante, familière et le jaillissement musical, le raffinement d’un grand piano blanc s’alliant avec les choses les plus simples, les plus ordinaires.

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On sent la présence du grand-père comme une évidence dans ce décor de jardin, assis sur une vieille chaise à l’ombre d’un arbre, Monsieur Manarian attend son tour, le moment où il couvera d’un regard tendre sa petite fille adorée.

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Le dos légèrement courbé, à pas lents, il se dirige vers elle et c’est aussi toute la beauté du petit film ce grand amour du grand-père pour sa petite fille, si jeune et pourtant déjà si marquée par la vie. 

Le rythme du tournage fonctionne par à-coups. Changement de plans et action. Mais ce qu’il y a de plus impressionnant dans ce bourdonnement de ruche, où une quarantaine de personnes s’active, c’est le silence. C’est ce moment exceptionnel où Vincent, l’ingénieur du son, demande que tout se fige pour capter l’ambiance. Dans ce moment de statue, c’est le jardin qui prend la main, le balancement des arbres, le frémissement du vent, le froissement d’aile d’une hirondelle deviennent les seuls personnages, volant au passage les pensées, l’âme des acteurs. 

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Apolline est très sage sous le soleil ardent, le dos droit, elle avance dignement son petit tabouret dans les mains pour s’installer au piano.

Les acteurs savent leur texte, les  répliques qu’ils échangent s’enchaînent, c’est un moment serein dans le jardin. Le stress de la veille est oublié, la mise en place est facile. Chacun a compris pourquoi il est là, pour donner son âme à ce petit film touchant et magnifique qui parle avec générosité de la vie difficile que mènent les gens qui ont vécu des choses atroces et qui se relèvent grâce à l’étincelle d’amour et d’humour qu’ils abritent au fond de leur coeur.

Pendant ce temps à Yeravan, à l’ambassade de France, c’est le 14 juillet. Petits fours et sponsors, vedettes et champagne. Jennifer, la productrice, a rendez-vous avec l’attaché culturel.

- Vous savez, on tourne.

- Ah bon! Vous êtes qui vous ?! 

- Je suis productrice, je vous ai envoyé plusieurs e-mails de France, je vous ai eu deux fois au téléphone.

- Ah, bon ?! 

- On tourne dans les domiks, c’est ce que l’on pourrait appeler un événement culturel franco-arménien. Le réalisateur est Lévon Minasian 

- Rappelez-moi qui c’est ? 

-C’est un réalisateur français né dans la ville. Pour ce film nous avons France2, le CNC, la Région Alsace.

-Ah, bon… Vous voulez un petit four? 

Jennifer s’étrangle avec la pâte d’amande frappée du logo prestigieux de Peugeot galamment offerte par l’attaché culturel. 

Tournage: Quatrième jour 12 novembre, 2010

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Madame Galoyan et Raf le Mouillé

Les nuages s’amoncellent, on tourne la scène du seau d’eau, lancé par une voisine de sa fenêtre pour punir l’arrogante femme, chargée de la culture à la mairie de Gyumri, qui vient soutenir la petite Loussiné.

Dix fois la même scène, mais sous un angle différent à chaque fois. Le cinéma est un art de la patience. Il faut éprouver un moment de sympathie pour les comédiens, qui sont dans l’impossibilité de comprendre réellement où ils en sont, tant ils sont les jouets consentants de l’équipe.

La petite stagiaire est partout à la fois, mais elle est toujours au mauvais endroit. Elle n’est pas assez rapide pour protéger du soleil les comédiens avec un vieux parapluie violet : 

- Umbrela, umbrela, crie Alexis, le premier assistant, dont la voix porte à des lieues à la ronde, couvrant même le ronflement du transformateur électrique. 

- En fait elle n’a pas compris ce qu’on lui demandait. 

- Mais elle aurait pu le dire à la place de faire oui, oui. 

- En Arménie, on ne dit jamais qu’on ne comprend pas, on a honte de ne pas savoir faire, de ne pas avoir compris.

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L’acteur qui joue Rafo n’a pas mis le pantalon qu’on lui a donné, il joue avec son propre pantalon, il ne pensait pas être arrosé par le seau renversé de la fenêtre. Il repart le soir à Erevan avec le pantalon sec de son personnage, trop grand pour lui. 

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Aïda fume des cigarettes langoureusement à la fenêtre en attendant de jouer son rôle, Madame Galoyan. On lui présente trois tailleurs préparés par la costumière de Paris, un vert avec un chemisier rose bouffant, un fuchsia et un ensemble rouge écarlate. Elle ne rentre dans aucun des trois, les mesures ont été mal prises, les larmes lui viennent aux yeux.

- Ma chérie, ça n’ira jamais. Je ne rentrerai jamais là-dedans. 

- C’est normal, la coupe une actrice jouant une voisine, tu as grossi. 

- C’est pas vrai, j’ai perdu 17 kg. 

Ani Hamel, la directrice artistique, qui est une femme pleine de ressources, saisit prestement une paire de ciseaux : 

- Ne t’en fais pas, je vais arranger cela. 

Elle coupe, agrandit la ceinture et remonte la jupe jusqu’aux aisselles de la comédienne pour en faire une robe. Et voilà madame Galoyan, en rouge éclatant. Incroyablement originale et imposante avec son petit sac à main brun, accompagnée de Raf le Mouillé, tout maigre, engoncé dans son costume trop grand.

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La voisine acariâtre se met à sa fenêtre, des bigoudis plein les cheveux.

- Silence, ça tourne.

D’un coup un grondement d’orage, le ciel se couvre, les gouttes tombent dru. La terre du jardin ouvre ses lèvres terreuses, le piano est recouvert d’une bâche bleue, les parapluies tourbillonnent, tout le monde se précipite dans la domik. 

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A l’intérieur le grand-père lit imperturbable un vieux livre, pris sur les étagères, il regarde de temps en temps par la fenêtre la courette inondée. Aïda fume à la fenêtre. 

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Apolline un casque bleu sur les oreilles écoute à s’éclater les tympans du rock déjanté japonais, en dessinant des mangas. 

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A l’intérieur de la domik, il n’y a plus un centimètre carré de libre, toute l’équipe est là, à l’abri, dévorant les petits pains salés.

Le premier assistant, le chef opérateur, le réalisateur sous les parapluies s’interrogent dans la courette ruisselante. 

- On va quand même  tourner la scène de la télé. 

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Séroj, Gérald Papasian, reçoit sa télé japonaise, grand écran. Mais impossible de la rentrer par la porte de sa domik. Grand écran ne veut pas dire écran plan, on est en 2000, la modernité, c’est une lourde télé, un bunker sur roulettes.  Gérald Papasian est émouvant, il révèle tout son talent d’acteur, quand son personnage comprend que cette télé, sa fierté, sa folie, sa seule façon de supporter la vie, cette vie, ne rentrera jamais dans sa baraque et qu’il reste désemparé dans la courette.  C’est un acteur formidable. 

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La voiture amène Madame Galoyan et Rafo. On demande à l’acteur. 

- Tu fais une marche arrière. 

- Il n’y a aucun souci. Je vais faire, dit l’acteur. 

Le chauffeur démarre difficilement, la voiture a des soubresauts, hoquette. Il engage la marche à arrière qui grince et fonce en appuyant sur l’accélérateur. 

- Arrête! Arrête!

Trop tard la voiture s’élance, le chauffeur a l’air affolé, la machine infernale stoppe à deux centimètres des poteaux soutenant la domik. On a frôlé la catastrophe! 

- Mais que ce passe-t-il ? 

On découvre un peu tard que l’acteur qui joue le chauffeur ne sait pas conduire. 

Il faut aussi faire la scène après le seau d’eau, où les habitants protègent le piano avec une bâche. Au moment où l’équipe installe la cellophane, un puissant coup de vent fait s’envoler la bâche, chacun tire dessus pour la retenir, court après le plastique récalcitrant tel un cheval sauvage. 

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- A ce moment-là, dans ce coup de vent, on se sentait tous une âme de Mary Poppins, dit Anne, la scripte.

- Pour calmer les furies du temps, je sais ce qu’il faut faire, propose un habitant local. 

- Quoi ? On ne peut rien faire, on est obligé de subir, se lamente le réalisateur. 

- Il faut appeler un prêtre pour venir prier sur les lieux. C’est ce que tout le monde fait dans le pays, un homme en soutane noire avec un encensoir en or. 

 

Intermezzo 11 novembre, 2010

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 E la nave va… (Et vogue le navire)

- C’est marrant, ici, il n’y a aucun homme en short. 

- C’est normal dans ce pays, il faut être viril et le short ce n’est pas viril. Quand on est un homme, on ne montre rien de soi, même pas ses doigts de pieds. 

- Qu’est-ce que les Arméniens doivent penser de moi quand je gesticule devant eux dans mon short bleu ? 

Notre précieux premier assistant, Alexis, va et vient énergiquement sur le décor en short, le producteur français, Boris, a même mis dans sa valise du rose pour ce court attribut.

Mais ici, dans ce pays  âpre de montagnes, pour être poilu et viril, il faut un pantalon long, des chaussures très pointues en croco jaune pour faire riche et pour les plus pauvres de simples chaussures noires, dont la pointe est le plus relevée possible, font l’affaire.

Le premier assistant n’a rien d’efféminé, il a une voix de stentor, une voix puissante et impérieuse, il agite avec violence sa canne, tel le capitaine Crochet alors que le réalisateur sautille d’un endroit à un autre avec la légèreté de Peter Pan.

En tout cas, ils sont tous deux aux commandes du même navire, de la même galère :  

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Silence, moteur, action! Tous les hommes à leur poste!

Le Chef op, Stéphan, à la dunette

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…avec son assistant, Ugo, pour régler la longue vue…

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…l’ingénieur du son, Vincent, pour compter les coups de canon…

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la scripte, Anne, à la carte et aux compas pour garder le cap…

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…les deux producteurs, à l’intendance: Boris aux eaux usées…

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…Jennifer au réveil matin…

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…et les matelots qui s’activent sur le pont, les coursives. Autour le vent du Nord qui souffle, l’orage qui gronde, la tempête qui s’abat. Ce tournage c’est Apocalypse Now. Non en est en Arménie, ce n’est jamais now, mais pour demain, c’est ce qu’il y a de rassurant finalement dans  ce pays.

Le Capitaine Crochet à Peter Pan : T’inquiète pas on va le finir ton film!!!!   

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Il manque à cet équipage fantastique la Fée Clochette.  C’est Ani, un joli brin de femme, à la tignasse noire, aux espadrilles compensées, qui arrondit les angles, traduit, fait les ourlets, soulage, coiffe, conseille, court d’un endroit à un autre sur ses légers souliers rouges.

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Il y a même le chien !! qui tourbillonne partout, aboie, se fait caresser, attaque une poule, gobe une frite, joue avec les gobelets en plastique en moment où toute l’équipe s’enfonce dans le silence.

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La douane fouine dans le matériel, ils ne se contentent pas des listes réglementaires, ils veulent d’autres listes, ils veulent que le moindre boulon, la moindre vis soient pris en photo. 

- La douane demande cela pour quand ? Cela peut attendre demain ?

- C’était pour hier, aujourd’hui c’est urgent. 

- Mais ce soir on est fatigué.

 L’ingénieur du son, qui est pourtant de très bonne composition, s’énerve : 

- Dix heures dans les pattes, photographier mon matériel ça va prendre deux heures, je le ferai demain. 

- Il nous faut aussi la liste du matériel avec les codes de tout l’équipement. 

- Mais on leur a déjà fourni une liste en français et en anglais comme la réglementation internationale l’impose.

- Oui, oui, mais nous on veut une liste en arménien, tant pis si vous mettez deux heures à retraduire. 

Ce matin, il fait beau! on ne tourne pas. C’est extérieur nuit, et ce soir quel temps fera-t-il ? 

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Amis lecteurs,

Je vous propose de suivre pas à pas les exaltations et les angoisses d’un tournage au fin fond de l’Arménie, là où une cruelle nuit de décembre 1988 la terre a tremblé.

Sur ces ruines, ce paysage dévasté, j’ai suivi l’équipe française de tournage pendant quinze jours pour laisser une trace, pour apprécier avant sa diffusion sur France 2 ce petit film si touchant, si profond. Un court métrage de Lévon Minasian, réalisateur français, né en Arménie.

Le film traite du destin d’une jeune fille de 13 ans, née au moment du tremblement de terre, orpheline et muette, qui vit dans une petite baraque (domik) avec son grand-père qui la chérit. Musicienne, elle va participer à un concours international où elle présentera un morceau de Schubert. Pour faciliter son entraînement, la ville lui prête un piano qui ne rentrera jamais par la porte de la petite baraque.

Ester Mann

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Tournage: Cinquième jour 10 novembre, 2010

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Que la nuit soit… et la nuit fut glaciale

Les voisins de la courette regardent le concert à la télé.

Le vent du Nord se met à souffler, à chaque pause des vestes sont jetées hâtivement sur les épaules des comédiens. 19 heures, il se met à pleuvoir, l’orage gronde. A 22 heures, il y a un fort coup de vent. A 2 heures du matin, tout se calme. On commence à connaître les caprices de la montagne.

Le temps pince, tourmente, mord, il ne faut pas oublier qu’on est à 1600 mètres, alors que Erevan, la capitale, baigne dans la chaleur étouffante, la moiteur de l’été oriental.

Le réalisateur, Lévon, fait danser les comédiens pour les réchauffer, il les entraîne, tourbillon de rires et de couleurs. Magie de Peter Pan, tout le monde le suit, l’aime et la légèreté envahit le décor. 

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C’est la nuit, le jardin se teinte d’ombre, les projecteurs se voilent de feuillages, les arbres du jardin balancent l’ombre chinoise de leurs branches sur le sol. Chacun prend ses marques, on dirait une place un soir de fête, de guirlandes électriques, de bal musette. 

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C’est une scène difficile, elle prend toute la nuit, jusqu’à cinq heures du matin, le réglage a été délicat à faire avec les comédiens. La domik est ouverte, Loussiné est sur la coursive, le grand-père sort rapidement, alors que Séroj gronde les enfants qui voulaient démonter le piano. 

Gérald Papasian révise son rôle tout seul dans le noir, il fait de grands gestes. Apolline est en chemise de nuit, un châle sur les épaules. Les enfants comédiens se battent et se jettent sur un matelas qui adoucit leur chute. Le petit chien répond aux aboiements voisins. 

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- Silence, on est la nuit, seuls ceux qui travaillent peuvent parler ! 

Chaque mot prononcé résonne comme dans une conque. 

Le plan est centré sur les doigts du voleur de cordes, sur le regard noir de Loussiné jeté à Gakik, qu’elle prend pour un saboteur. Le transfo ronronne doucement dans la pénombre. 

 

Intermezzo suite…

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Reportage sur le tournage par la télé locale, Shant TV

Pour faire un petit break, regardez cette vidéo :Cool

Image de prévisualisation YouTube

Mettez-vous aux langues O. ou laissez-vous bercer par cette langue archaïque et par la petite mélodie de Schubert.

En gros pour ceux qui veulent suivre :

Lévon résume l’histoire, le coup du piano trop grand et de la porte trop étroite.

Monsieur Manarian dit qu’il aime travailler avec l’équipe française, si professionnelle, si sereine.

Apolline dit que Gakik est amoureux d’elle, mais que ce n’est pas réciproque.

Gakik dit qu’au début il avait peur de ne pas être à la hauteur, mais qu’il a pu facilement apprendre son texte.

La voisine aime la collaboration avec la chaîne de TV Shant et parle de son personnage insupportable, c’est elle qui arrose le piano.

Tournage: Sixième jour 8 novembre, 2010

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Difficultés et traverses

Après le tournage de nuit, le matin. Le petit-déjeuner a dû mal à passer. 

Le producteur arrive très pâle à la table

- J’en peux plus de la mentalité arménienne, j’ai tourné dans des pays pauvres. C’est le bordel avant le tournage,  mais tout finit par s’agencer. Ici les codes sont hermétiques, quelle que soit la solution proposée, j’ai toujours faux.

- Quel est donc le problème arménien ? 

Chacun autour de la table du petit déjeuner essaie de comprendre cette énigme si douloureuse, si pesante.

- C’est surtout le problème de Gyumri enfoncé, engoncé dans les hautes montagnes comme étranglé par le vent du Nord.  

- La mort qui est restée collée aux semelles des habitants, quand la terre s’est mise à trembler.  

- La soviétisation qui a modelé les caractères, il faudra trois générations pour sortir de l’absurdité de certaines mentalités. 

 - Un capitalisme à tous crins qui fait maintenant qu’il n’y a plus de valeurs pour certains, il y a les profiteurs d’un côté et de l’autre les exploités.

 - L’orgueil, oui l’orgueil des habitants de ce pays qui fait que tout devient difficile, cette aridité, cette âpreté des caractères, cette façon de placer si haut la dignité que l’urgence de la situation, quelle qu’elle soit, ne compte pas, ne peut pas être prise en compte. 

- Le fait que la moitié de la population se croit un artiste de génie donc par conséquent travailler pour le projet d’un autre devient dégradant. 

Un silence s’installe, chacun essaie de mesurer la difficulté. 

- Mais comment trouver une solution à une situation fermée par autant de verrous ?

- Il faudrait plus de temps, mais on n’a qu’une semaine, tout tient sur un fil et il y a encore deux jours de tournage. 

- Le second assistant réalisateur s’est vexé, il y a de quoi car le producteur arménien lui a fait comprendre qu’il ne sera pas payé comme il l’espérait.

- Cela fait deux jours qu’il traîne sur le plateau, qu’il ne fait rien. A trois heures du matin, en pleine scène de tournage, il me demande des comptes, réplique le producteur français. Je comprends son problème, mais j’ai d’autres priorités. 

- Oui,  et en même temps, il a fait déjà des courts métrages, c’est un artiste qui a un égo démesuré et qui pense que c’est lui l’artiste. Il ne veut pas être traité comme un assistant. D’ailleurs depuis que lui-même a une assistante, elle fait tout à sa place. 

Le producteur reprend, ce n’est pas le seul problème. Un silence lourd s’installe autour de la table. 

-  Les propriétaires de la domik ont rendu l’argent qu’on leur devait. On a pas fait de contrat, disent-ils, s’il s’agit d’une simple aide de notre part, on ne prend pas l’argent.

- On peut vous faire un contrat.  

- Non, c’est trop tard. Cela aurait dû être fait.

- Comment trop tard ? En France, on fait des contrats à la fin, ce n’est pas un problème. 

- Ici, c’est un problème soit c’est du travail, soit c’est une aide. Il faut choisir.

Il reste deux jours de tournage, si on se retrouve sans décor, c’est la fin du film. Ils sont fâchés, mais restent polis pour ne pas déranger le tournage, leur sourire est une façade, ils sont minés de l’intérieur par la pensée torturante que ces Occidentaux ont abusé de leur gentillesse. 

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Finalement la productrice, Jennifer, reste une grande partie de son temps avec la propriétaire de la domik, pour tisser les liens, pour réchauffer d’humanité ce qui commençait à se glacer.  

 p1000316.jpg

Il y a un autre problème, Boris, le producteur est fatigué, tout son visage est soudainement marqué, comme effondré.

- On a un problème avec la perruque, les parasols sur le plateau, les chaises, les figurants, les toilettes et la régie qui livre les repas… On mange toujours la même chose!!!

- Ici, tout peut se régler autour d’une bouteille de Vodka.

 L’ingénieur du son, Vincent, s’installe à son tour à table :

- Ce transfo, il fait un bruit insupportable, je fais tout pour ne pas y penser, mais c’est difficile.

- Si on ne trouve pas une solution on va dire que l’ingé est mauvais.

- Il signe la fin de sa carrière, reprend ironiquement quelqu’un autour de la table, en buvant tranquillement son café oriental.

- Tu ne voudras pas mettre ton nom au générique à cause du transfo ? s’inquiète un autre. 

- Non, ce serait dommage, le Piano sera un très joli film, réplique Vincent. 

- Il suffit, dit Stéphan, de faire jouer Loussiné au piano de plus en plus fort pour couvrir le bruit du transfo et que cela se voit à l’écran.

- Oui, tu as raison, d’ailleurs ce transfo fait partie de leur vie, il faudra que le spectateur le comprenne. Sinon, il va y avoir un problème. 

 

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