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Tournage: Sixème jour (suite) 7 novembre, 2010

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Des gamins pas faciles à gérer

- Gakik n’est pas si bien que cela, dès que la caméra est sur lui, il se fige. Je n’arrive pas à casser la glace, il faudrait plus de répétitions. En fait, on manque de temps. Une semaine, c’est trop court, dit Lévon, le réalisateur. Dans certains films les enfants sont tellement naturels, confondants de vérité. Comment font les réalisateurs pour obtenir ce résultat ? 

- Ce n’est que du travail, dit Ani, l’assistante artistique, il faut répéter plusieurs mois, pour que les enfants puissent se lâcher devant la caméra. 

- Le grand est mieux, et celui qui porte un Marcel jaune aussi. Où l’as-tu trouvé ? 

- Sur le décor, il regardait le tournage, c’est lui aussi qui démarrait à chaque fois la grue, repond Lévon. 

- C’est le fils du grutier ? 

- Non, c’est juste un gamin débrouillard du quartier qui traînait par-là. 

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- Gakik, en jouant remonte une mèche de tes cheveux. 

Le réalisateur regarde le petit droit dans les yeux, regard vert contre regard bleu, deux gars du pays, qui appartiennent à la même terre. 

- Tu as compris! 

Le petit fait signe de la tête pour acquiescer. 

- Silence, on tourne. 

Les enfants jouent dans le décor de la fontaine, imitant la guerre, jeux de pistolet qui résonnent de leurs cris contre son imposante structure de fonte noire. 

- Tu n’as pas fait ce que l’on te demande. Pourquoi? Tu n’as pas compris ? 

Les yeux verts de l’adulte dans les yeux clairs butés, enfantins. 

- J’ai compris, mais ce geste, je ne le ferai pas. 

Deux petits gamins aux yeux bleus, cheveux noirs, viennent sur le tournage avec leur grand-père. 

- Qu’est-ce que cela ? 

Ils sont endimanchés, nœuds papillon, pantalons noirs, chemises blanches, impeccablement repassées. 

- Je t’ai déjà dit des vêtements usés, un peu abîmés, voire salis. J’ai dit cela déjà, et pas qu’une seule fois !! 

- Nous n’avons pas de vêtements comme cela chez nous. 

Les deux petits regardent tristement par terre, creusant légèrement le sol de leurs souliers vernis. 

- Si ça te convient pas, je ramène les petits à la maison. 

- Oui, c’est ça, va, dit le réalisateur hors de lui, rageant comme le vent qui se lève d’un coup. Lévon a donc pris le garnement du quartier au Marcel jaune, mettant en valeur sa musculation de petit homme, malgré ses 13 ans. Il a parfaitement joué, le petit gars du terrain vague. Le ciel était beau, un crépuscule dégradé de gris entre les ruines, la fontaine monumentale découpant sa triste masse de fonte noire, grandiose et inutile. 

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- C’est étrange d’aborder un pays uniquement par sa tristesse, le naufrage de ses ruines. 

- Vous auriez pu faire après le tournage un peu de tourisme. 

- Oui, on n’a pas le temps, c’est dommage. 

- Il y a de beaux coins, quelques îlots magnifiques entre deux pans de terre aride, effondrée. 

 

Une décoratrice en herbe sur le terrain

 

La productrice, Jennifer, attend le taxi à la porte de l’hôtel. 

- Comment lui dire que je vais sur le décor ? Ils ne parlent pas l’anglais, moi je n’ai pas encore appris leur langue. 

- Ne t’inquiète pas toute la ville sait qu’il y a des Français qui tournent dans les baraques, sur les terrains vagues. 

- On devient célèbres. 

- Toute la ville sait, c’est une petite ville, tout le monde sait tout à chaque instant, c’est pourquoi il n’y a pas de criminalité. 

- C’est vrai que l’on peut se promener à toute heure dans les rues excentrées, on n’a pas peur, même en tant que femme. 

- Oui, c’est pour cela, cette tranquillité, chacun sachant ce que l’autre fait. 

 Jennifer, une lampe orange à la main enveloppée  dans une couverture rouge frangée de jaune, attend le taxi qui la mènera au décor. 

- Je ne sais pas si c’est avec ça que tu gagneras le Lutin de la décoration!

- Moi, non plus, j’ai pris ce que je pouvais à l’hôtel pour mettre dans la petite baraque. 

- On a pris aussi des choses chez la mère du réalisateur, quelques tabourets en sky gris et une vieille lampe. 

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Tournage: Septième jour 6 novembre, 2010

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une autre épreuve de nuit… 

- Silence, on tourne, action !

Il y a un capitaine Crochet au milieu de la courette avec une voix de stentor, agitant sa canne, mais ce n’est pas Alexis, c’est le régisseur arménien qui l’imite à la perfection. Tout le monde est saisi, personne ne pensait qu’il aurait cet humour, cette audace dans une langue qu’il ne connaît pas.

 - Vous verrez, demain c’est moi qui vais être le premier assistant. Il penche tout le poids de son corps sur la canne. Je vais sauver ce film, toutes les belles images que vous n’avez pas faites, je les ferai, continue-t-il en arménien. 

Tout le monde rit, l’homme aux chaussures en croco jaune a de l’humour. 


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Il pleut, il fait froid, il fait nuit, de cette nuit froide, glaciale qui descend des montagnes, le chef op, Stéphan,  pour la première et unique fois sort de ses gonds. 

- Pour manger le poulet, il n’y a même pas d’assiettes. Cela fait huit heures que je tiens la caméra dans le vent du Nord sur le dos, j’ai besoin de manger dans une assiette.

Le chef op entraîne l’interprète vers le régisseur arménien :

- Traduis tout ce que je dis ! Traduis mon exaspération. Dis-lui que lui il est resté dix heures assis le cul sur une chaise, il peut bien m’apporter une assiette. 

Le régisseur arménien souffle dans l’oreille de la productrice française : 

- Je ne comprends pas, je leur ai dit à  la cuisine qu’il fallait des assiettes et des serviettes pour manger le poulet. Je leur ai dit cinq fois, je ne comprends pas qu’ils ne le fassent pas. 

La productrice française hoche la tête en signe de connivence. 

- C’est sûr, nous non plus, on ne sait pas. Personne ne sait.

 

Sans Alexis…

Alexis est reparti à Paris. Que va-t-on faire sans le capitaine Crochet, qui a quitté l’îlot avant la fin du tournage ?

L’équipe se ressert autour de Lévon et de Stéphan, le chef op, pour définir le découpage pour la journée.

- Le plus important est le contre-champ Galoyan. 

- Il faut tourner raccord. 

- Soleil ou couvert ?

- Le plus important c’est le film, mais ce serait bien de ne pas finir trop tard car après c’est la préparation pour la douane, pour Ugo et Vincent, le package. 

- Je suis allé sur le toit faire des photos, mais c‘est trop tard maintenant, on reste sur la grue. De toute façon il y avait trop de vent. 

- Et le plan sur le transfo, il y a peu de recul, l’arbre prend trop de place, il faut déplacer le tas d’ordures. 

- On peut pas couper des branches, c’est des griottes. 

- C’est à l’extérieur du potager ? 

 - Oui, mais si c’est à personne, c’est à tout le monde, il faut demander, mais je pense que c’est mort. Il ne faudra pas toucher à l’arbre. 

-  On peut faire passer deux enfants devant le transfo. De toute façon on ne peut pas toucher au cerisier. 

C’est les seuls fruits qui ont résisté à l’hiver, ce rude hiver de cette année, les abricots sont encore verts, acides, ils n’ont pas dans leur cœur ce goût de confiture qui fait la réputation de la nation toute entière. 

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Partout au bord des routes, dans les jardins, les femmes cueillent des griottes, petits fruits acides, qu’elles transportent dans des seaux en fer blanc à l’arrière des taxis collectifs, apportant ainsi à l’effondrement des lieux leur chatoiement de rubis. 

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Tournage: Septième jour (suite) 5 novembre, 2010

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Il fait enfin beau, c’est génial! on tourne à l’intérieur

Le temps s’est remis au beau, il y a de la douceur même. Dans l’ombre des maigres cerisiers, on sent l’été revenir. Le potager de la domik redevient le jardin de l’enfance, de cette pauvreté qui est si familière, si touchante, accessible, ce petit ilot vivant, odorant où glousse la poule rousse suivie de ses petits

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Aujourd’hui, c’est une scène sans réelles difficultés, c’est un tournage intérieur. Le grand-père lit en attendant l’entrée de sa petite fille.

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Cette domik ressemble à une datcha, on s’y verrait presque passer quelques jours de vacances, de repos avec le jardin baigné de soleil, les griottes rouges sur le fond vert des branches. Magie du cinéma.

 

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Même la petite cuisine est accueillante, avec les taches de rouge qui égayent l’émail blanc.

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Le décor était nu, froid quand l’équipe est arrivée… s’en ira.

Il faut que tout redevienne comme avant, rien ne doit changer.

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 Le tournage intérieur ne pose pas de problèmes.Tout est sous contrôle, même les averses.

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Chacun trouve rapidement ses marques, sans fausses notes.

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C’est le tournage en extérieur avec les enfants qui préoccupe le réalisateur. C’est le seul moment, où Lévon quitte son calme olympien. Sa disponibilité habituelle est submergée d’anxiété. 

Demain c’est une journée, rien qu’avec les enfants!!!!

Tournage: Le dernier jour – matin 4 novembre, 2010

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Un décor de ruines, une bande de gamins joue au football. Gakik se détache des autres enfants car il vient d’entendre la petite musique entêtante de Schubert. Il se fige un instant et court voir qui joue ainsi. Le jeune garçon est mécanique, il fait les gestes demandés comme un automate. 

- Tu sais ce que tu dois faire. 

- Oui, je sais : j’écoute la musique. 

- Est-ce que tu entends en toi cette musique ? 

- Non, pas du tout, j’entends rien. 

- Il faut portant que tu l’entendes pour jouer correctement.  

- Non! Il n’y a rien dans mes oreilles. 

 Les gestes de l’enfant sont saccadés. Rien n’y fait, il est là dans ce décor de ruines, cet effondrement, sans la moindre étincelle d’imagination.

- Ils sont tous en fait comme cela les enfants qu’on a choisis, ils n’arrivent pas à se concentrer une seconde. C’est l’influence néfaste de la télé. 

- Non, c’est comme tous les enfants du monde entrant dans l’adolescence. 

Les gamins courent sous un soleil de plomb.

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- Allez chercher de l’eau, demande-t-on au régisseur arménien.

- Oui, oui on envoie le camion. 

- Les enfants ont soif, ils courent sous le soleil asséchant. Il n’y a pas d’eau.  

Boris, le producteur, court sur la route défoncée, minée de flaques d’eau, sur le sol encore boueux de la pluie d’hier au soir. Il ramène quelques bouteilles pour étancher la soif des enfants qui ont couru sous le soleil. 

Encore un problème 3 novembre, 2010

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- Les propriétaires de la domik veulent une réunion, dit  Jennifer affolée.

- Encore, soupire Boris, chaque fois qu’on fait une réunion cela n’aboutit à rien. 

- Ils veulent voir les responsables français, et arméniens. Il faut que vous preniez le temps de le faire.

Dans la cuisine de la petite domik, Samson et Arminé affrontent l’équipe. Le mari gêné regarde sa femme, il n’a pas l’habitude d’une attaque frontale.  Elle commence, le réalisateur, Lévon, traduit.

- On n’a rien dit jusqu’à présent pour ne pas déranger le tournage, mais vous avez abusé, vous nous avez abusés, pris pour des abrutis.

- On peut vous faire un contrat.  Vous dédommager.

- Ce n’est pas ce dont on parle, on parle de respect. Vous avez dépouillé notre maison pour faire votre décor, on a gentiment dit : oui. Le grand-père est très malade, vous avez installé votre actrice à l’étage dans sa chambre pendant quatre jours, vous n’avez jamais dit que vous alliez finir à cinq heures du matin. Vous avez dit on tourne dans la cour et un peu dans la baraque désaffectée, puis vous êtes rentrés chez-nous. Vous avez pris de plus en plus de place. 

- Nous sommes désolés, nous pensions que vous aviez signé un contrat

- Quel contrat ? D’ailleurs, il suffisait de nous dire. 

- Oui, on s’est comporté en Occidentaux, presque en Américains.

- Vous auriez dû dire, on n’a pas d’argent, mais on vient avec notre cœur et nous nous aurions été heureux. 

Il ne fallait pas expliquer une fois en gros, en une seule fois, ce que cela allait être ce tournage, la place que cela allait prendre dans les vies. Personne ne peut imaginer que c’est cela le cinéma! Quand on dit une scène le temps que cela prend, les différents plans de face, de derrière, de profil et encore…à nouveau… contre champ. Que cela prend la journée, ou la nuit entière, toutes ces heures! Personne ne peut imaginer cette lenteur pour une seconde réellement filmée, gardée.

C’est  cet écart-là qu’ils n’ont pas compris, les habitants de la domik, c’est dans cet écart qu’ils se sont sentis, roulés, arnaqués. Entre le temps de l’attente et de l’action, il y a un gouffre. On dit : on va tourner une scène, la scène du seau d’eau et on fait vingt prises : le seau vide, le seau seul. C’est inimaginable ce que peut-être réellement le cinéma pour ceux qui sont devant leur petit écran. 

- Dans tout tournage il y a des malentendus, c’est normal, ce n’est pas propre à ce pays-là.

- On s’est comporté aussi comme des Américains avec la même arrogance.

- On était pressé par le tournage, l’angoisse de la pluie, des orages, du vent du Nord, de ne pas pouvoir finir à temps, l’essentiel était le film.

 Chacun cherche une justification pour affronter le malaise car on les aime bien Sanson et Arminé, même si quand ils parlent d’hospitalité on ne comprend pas exactement la réelle portée de ce mot.

- Oui, mais l’essentiel est souvent autre part entre l’urgence et la nécessité. 

 La productrice Jennifer est revenue des domiks avec des pots de confitures à la cerise et à l’abricot plein son sac.

 - Tiens prends, c’est pour toi les fruits de notre jardin

La propriétaire de la domik, Arminé, lui tend encore un autre paquet, du papier blanc enveloppant des pâtisseries faites maison le matin même.

- Tiens c’est pour ta mère en France. Prends. Ne sois pas gênée, ici c’est comme cela. 

- C’est vrai que le peuple arménien est un peuple étonnant. 

- De toute façon on est toujours l’étonnement de l’autre, j’ai fait des tournages au Japon, aux USA, en Irlande, mais le plus complexe, le plus délicat, c’est finalement avec nos voisins les plus proches, les Anglais. C’est avec eux que cela a été le plus difficile, réplique Jennifer.

Tournage: Le dernier jour – après-midi 2 novembre, 2010

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Une doublure, un piano emballé et un passage à la télé 

Dernière prise, Apolline joue encore et encore cette mélodie entêtante de Schubert, bien droite sur son tabouret. Elle doit regarder Gakik, qui n’est pas là.

- Regarde vers les cordes à linge et imagine.

- Ca ne marche pas bien, je n’arrive pas à sourire aux draps.

- T’inquiète, dit affectueusement son père, je vais faire Gakik.

Et voilà que la doublure la plus chère du cinéma arménien se met en place derrière les draps pour faire rire sa fille. Car dans ce journal, j’ai omis de dire qu’Apolline est la fille de la star arménienne Vardan Pétrossian et d’Ani Hamel.

- Et pendant que j’y suis, reprend Vardan, je peux aussi faire le grand-père.

Apolline rit aux éclats. Ce tournage est aussi une belle histoire de famille.

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Maintenant c’est fini, même le personnage principal, le piano, fait ses adieux. Il est emballé dans sa bâche bleue, il repartira à Erevan en camion. 

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 Le film est aussi dans une caisse, prêt à prendre l’avion pour Paris.  

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- Le film est dans la boîte, maintenant je peux le dire, dit Boris, le producteur, cela fait deux nuits que je fais des cauchemars, des catastrophes naturelles anéantissant le tournage, inondation, tempête, dévastations de toutes sortes….  

- Tremblement de terre, continue Lévon le réalisateur. Moi c’est à partir de ce soir que je vais me mettre à rêver, chaque nuit, que le tournage est impossible, qu’une scène n’a pu être tournée et cela toutes les nuits qui vont venir.  

Boris et Lévon, le producteur et le réalisateur passent à la télé, une chaîne, Shant (éclair en arménien) qui appartient à la coproduction arménienne.

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- Je ferai un bon politicien, dit Boris après sa prestation où il a loué le travail du coproducteur en gommant les difficultés rencontrées.

- De toute façon, on ne peut jamais tout dire et d’ailleurs les problèmes avec le temps qui passe deviennent minuscules, reprend Lévon.

- C’est bien qu’on ait parlé des propriétaires de la domik, Samson et Arminé, comme cela par la télé, le message a le mérite d’être clair. 

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Après la diffusion du reportage et de l’interview, Samson, le propriétaire de la domik,  appelle : 

- C’est bien ce que tu as dit à la télé Lov jan (Lévon, mon chéri)

- Oui, Samsom jan, j’ai dit que vous aviez le cœur sur la main, que vous nous aviez ouvert en grand votre cœur et votre maison. 

- C’est bien car dans la ville, il y avait des rumeurs. Tu vois… tu comprends, reprit-il gêné.

- Oui, je comprends.

- Toute la ville pensait qu’avec ce tournage, nous avions gagné beaucoup d’argent. 

- Oui, maintenant toute la ville sait, que ce petit film n’était pas une grosse production hollywoodienne, qu’il n’y a pas d’argent à donner, à gagner.

- Tu sais bien dans cette ville, tout le monde imagine. 

-  Maintenant c’est clair. Il n’y aura plus de rumeurs.

Pendant ce temps, une partie de l’équipe est sur la route vers Erevan. C’est l’aube, le paysage est magnifique, des fleurs sauvages bordant les fossés de leur légerté mauve et bleue et les montagnes majestueusement drapées dans le vert des alpages, ourlés d’or.

Il y a deux voitures qui se suivent pour l’équipe technique, c’est à cause des valises, ou plutôt des coffres des voitures arméniennes dans lesquelles on stocke les bouteilles de gaz comme combustible moins onéreux que l’essence. Elles prennent toute la place du coffre. Il est impossible d’entasser un trop grand nombre de valises. Pour quatre personnes, il faut donc deux taxis.

Anne, la scripte, à l’arrière d’une des vieilles berlines, vide son flacon de médicaments contre le mal des transports.

Quand elle sort du taxi à l’aéroport, elle est verte, mais assez fière d’elle d’avoir survécu à la route chaotique et serpentine. D’un pas mal assuré, elle croise, Stéphan, le chef op, plus vert qu’elle!

- Qu’est-ce qui t’arrive?

- Ce sont des malades dans ce pays!

- Leur façon de conduire, reprend Anne, leur façon de doubler en pleine côte sans aucune visibilité.

 - Non, il y a pire et je peux te le dire moi qui ai vu pas mal de pays, on atteint ici l’extrême de ce que l’on peut supporter.

- Moi, je ne peux rien dire, je suis tout le temps malade.

- C’est eux les malades! Chaque fois qu’il faisait un dépassement dangereux, le chauffeur avant d’accélérer faisait le signe de croix, et embrassait la Vierge Marie accrochée à son rétroviseur. 

Et pourtant sans être Arménien, Stéphan  est en quelque sorte du pays, car il porte comme nom de famille Massis, qui est le nom arménien donné à la montagne sacrée, symbole du pays, Ararat.

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 Tout est Ararat, le vin, le cognac, le pain, les restaurants… mais ceci est une autre histoire que je vous raconterai demain ou après demain, car….

…L’aventure continue…

Chers lecteurs,

Le tournage ne fait pas un film… Un film n’est pas que le tournage, il y a un long chemin à parcourir… bien acheminer les rushs à Paris, le retour de toute l’équipe…. le montage, le mixage…..d’autre lieux, d’autres personnes à rencontrer. C’est ce qui nous attend entre Paris et l’Alsace.

Ester Mann

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Le tournage est fini, mais pas le sketch… 1 novembre, 2010

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L’Arménie est un état… d’âme

- C’est quoi ce bruit ? demande Lévon inquiet.

- La pluie qui tombe sur les toits, répond sa femme. 

Non, ce sont tout simplement des pattes de moineaux qui tambourinent sur le rebord métallique de la fenêtre de la chambre de l’hôtel, s’accrochant aux entrelacs de fer forgé, se confondant dans la flore brodée des rideaux. 

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- Il ne va pas pleuvoir. Le ciel est immanquablement bleu. Maintenant cela n’a plus d’importance, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve. 

- On n’est plus suspendu aux caprices du temps, le tournage est fini, il y a plein d’hirondelles dans le bleu du ciel. Le réalisateur et sa femme poursuivent cette conversation dans l’intimité de la chambre d’hôtel. 

- C’est mieux ainsi, à ne plus se préoccuper du temps qu’il fait, dit la femme. 

- Peut-être que cette souffrance du temps, c’est mieux pour le film, dit l’homme. 

-Tu as raison le temps c’est comme le bonheur, un bleu éternel c’est ennuyeux. 

Les producteurs sont eux aussi sur le départ. 

- Tiens! le portail  de l’hôtel est fermé! 

- Oui, c’est étrange, ils ont mis un verrou. C’est la première fois que je le vois. Le portail n’a toujours été que simplement tiré.

Les valises sont prêtes, elles sont déjà dans le coffre de la voiture. 

- On a demandé la note pour le cocktail. Un vrai papier pour les notes de frais pour la production. On a dû le demander cinq fois et je ne sais pas s’ils vont réellement le faire.

- C’est bizarre ce gros cadenas quand même, s’interroge Jennifer en regardant le portail métallique. 

Le producteur français, Boris, discute avec le directeur de l’hôtel qui le regarde avec indifférence en  fumant son clope, une oreille collée à son téléphone portable. Boris lui tend une liasse de billets. Le gardien arrive en claudiquant, et ouvre grand le portail pour faire passer la voiture qui patientait sur le parking de l’hôtel. 

- C’était pour nous enfermer, le cadenas, nous bloquer, ils avaient peur qu’on parte sans payer le cocktail. 

- Ils nous aiment et en même temps, ils nous enferment. Ici c’est le pays des extrêmes, l’absolu de la contradiction. C’est à la fois très touchant et exaspérant.

- Je vais te raconter quelque chose qui va peut-être te faire comprendre ce que je nomme le paradoxe arménien et que je ne retrouve pas aussi intensément dans les autres pays. 

- Tu crois  qu’il y a quelque chose à comprendre? C’est assez opaque leur façon de fonctionner, cela me déstabilise à chaque fois.

 - Ecoute. Dans le Caucase, pas seulement ici mais dans toute cette région aride, de pierres et de tourmentes, quand on invitait ses amis, on plaçait une infinité de plats sur la table, tout ce que l’on avait pour qu’aucun centimètre de la nappe ne soit visible. Il fallait montrer que l’on aimait. Et les invités pour montrer leur politesse, leur raffinement, leur amour, mangeaient chez eux, avant de se mettre à la table de leur hôte. Ainsi aucun des convives ne touchait à l’abondance des plats offerts. 

- C’est une drôle de coutume et après que faisait-on de toute cette nourriture ?

 - On la donnait aux pauvres de la ville, du village.

- Oui, je comprends mieux leur façon d’être. 

- Si j’avais le temps, je te parlerais d’une légende qui explique bien le fonctionnement de ce peuple, cela s’appelle La mort de Kikos.  C’est pour moi le plus beau conte arménien, le plus éclairant aussi.

Un conte arménien pour mieux comprendre l’âme arménienne 31 octobre, 2010

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La mort de Kikos

- Viens, on se met à l’ombre d’un cerisier et raconte-moi. C’est un pays où toute de façon, on apprend malgré soi à prendre le temps. 

- Un père a soif, sa femme demande à la cadette d’aller chercher de l’eau. La jeune fille va à la source pour étancher la soif de son père, elle lève les yeux, voit un bel arbre, un noyer aux beaux fruits encore verts. Aussitôt elle se met à rêver en regardant le feuillage : 

- J’aurai un fils, que j’appellerai Kikos. Il grimpera à cet arbre pour cueillir quelques noix, il sera vigoureux et je l’aimerai. 

Elle voit aux pieds de l’arbre un rocher pointu et aussitôt, son cœur se serre, elle se met à éclater en sanglots. 

- Mon petit, mon tout petit est monté à l’arbre et il est tombé sur cette pierre. 

Elle s’effondre et  se met à pleurer la mort de son fils, de son tendre petit. 

La mère ne voyant pas la cadette revenir de la source, demande à son aînée d’aller la rejoindre.  Aussitôt qu’elle voit sa sœur, la jeune fille se met à crier.

- Ma chérie, pleure, pleure la mort de ton neveu.

- De quoi parles-tu ma tendre sœurette, je n’ai pas de neveu.

- Vaï! Vaï! j’ai eu un fils, que j’ai appelé du doux nom de Kikos, il est monté sur cet arbre pour cueillir quelques noix encore vertes et il est tombé sur cette pierre. Oh, ma chère sœur pleure avec moi la mort de ton neveu.

Et la cadette et l’aînée tombent dans les bras l’une de l’autre, en mêlant leurs larmes. La mère ne voyant pas ses deux filles venir, se rend aussitôt à la fontaine.

La voyant de loin, les deux sœurs l’appellent de leurs cris désespérés.

- V! Vaï! notre mère adorée, viens pleurer avec nous la mort de ton petit-fils, Kikos jan. 

- Quel petit-fils ? Je n’ai pas de petit-fils! 

- Je me suis mariée, sanglote la cadette, j’ai eu un fils  que j’ai appelé du doux nom de Kikos, il est monté à l’arbre pour cueillir des noix encore vertes, et il est tombé sur cette pierre. Viens, mère, pleurer avec nous la mort de ton petit-fils.

- Quel malheur! s’exclame à son tour la mère, qui se met à sangloter avec ses filles. Le père ne voyant personne revenir, va à la fontaine.  Le voyant de loin, les femmes éplorées l’interpellent :

- Viens, viens, pleurer avec nous la mort de ton petit-fils. 

- Mais je n’ai pas de petit-fils. La cadette lui fait le récit de la joie qu’elle a eu d’avoir Kikos et de la douloureuse perte qu’elle vient de subir. 

- Mais que vous êtes sottes. Le père qui était le plus raisonnable de la famille dit :

- Il est inutile de faire notre deuil sous ce soleil ardent, allons au village et faisons pour apaiser notre souffrance un bel enterrement à notre Kikos adoré!

Ils rentrèrent au village, convièrent tous les habitants à un festin de deuil, sacrifiant le seul bœuf en leur possession, leurs dernières poignées de blé. Et enfin leur douleur s’apaisa. 

- Drôle de pays tout de même, il m’exaspère, me prend par sa douleur et son aridité, par la chaleur, l’hospitalité illimitée de ses habitants, et me fait l’aimer malgré-moi.

- Tu reviendras donc?!

- Je reviens toujours. Quand je n’y  suis pas, j’ai envie d’y aller, quand j’y suis, j’ai envie d’en repartir. 

Le regard d’Ani Hamel sur… 28 octobre, 2010

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 …l’équipe

En attendant la post-production, je laisse place au regard professionnel d’ Ani Hamel qui a été au coeur de l’équipe pendant dix jours, alors que moi je n’ai été qu’une observatrice indiscrète pendant ce tournage. Ainsi les prochains jours, je cèderai ma place à ceux qui ont vraiment été au coeur de l’action et je les remercie pour cette participation à mon modeste blog.

Quel plaisir de travailler avec une équipe, composée de personnes qui se rencontrent pour la première fois et qui vous donnent l’impression qu’elles ont déjà réalisé des dizaines de films ensemble.

Une équipe réactive, ingénieuse, efficace, qui sait contourner les difficultés, surmonter les obstacles, tels des acrobates agiles. Elle a une solution à tous les problèmes à toutes les catastrophes inattendues propres à un film d’auteur, à petit budget, et surtout avec un tournage à Gyumri, oublié du reste du monde.

Une équipe qui agit sans donner d’ordre, accomplit des tâches sans exiger de reconnaissance, remplit plusieurs fonctions pour aller plus vite, pour être dans les temps, pour faire un bon film.

Une entente parfaite, un fonctionnement digne d’une montre suisse, un respect du savoir faire de l’autre, une amitié naissante. Y aurait-il un langage universel du professionnalisme ? Oui !

Jennifer, Boris, Lévon, Alexis, Stéphane, Ugo, Vincent, Anne, vous avez toute mon admiration, pour votre conscience professionnelle,votre implication, votre détermination, mais aussi pour votre force de décision et d’adaptation, votre patience, votre sourire.

C’est un immense plaisir d’avoir fait partie de cette équipe où producteur, réalisateur, conseiller technique, opérateur, 1er assistant opérateur, ingénieur de son, scripte, œuvrent chacun, et tous ensemble, pour la réussite d’un film, mettant de côté leur ego, se pliant aux exigences du moments, aux conditions imposées…

Une histoire dans une autre, une aventure qui en cache une autre, une expérience qui mérite un film à elle seule. 

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Le regard d’Ani Hamel sur… 23 octobre, 2010

Posté par estermann dans : Le regard d'Ani Hamel,Lire tout le journal , ajouter un commentaire

 …l’attente

La Fée toucha de sa baguette tout ce qui était dans ce Château (hors le Roi et la Reine), Gouvernantes, Filles d’Honneur, Femmes de Chambre, Gentilshommes, Officiers, Maîtres d’Hôtel, Cuisiniers, Marmitons, Galopins, Gardes, Suisses, Pages, Valets de pied ; elle toucha aussi tous les chevaux qui étaient dans les Écuries, avec les Palefreniers, les gros mâtins de basse-cour et la petite Pouffe, petite chienne de la Princesse, qui était auprès d’elle sur son lit. Dès qu’elle les eut touchés, ils s’endormirent tous, pour ne se réveiller qu’en même temps que leur Maîtresse, afin d’être tout prêts à la servir quand elle en aurait besoin ; les broches mêmes qui étaient au feu toutes pleines de perdrix et de faisans s’endormirent, et le feu aussi. »

La Belle au Bois Dormant de  Charles Perrault.

Le tournage n’est plus un bateau corsaire, mais le château endormi sous la baguette de la Fée Patience.

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« Le Prince entre dans une chambre toute dorée, et il vit sur un lit, dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés, le plus beau spectacle qu’il eût jamais vu : une princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans, et dont l’éclat resplendissant avait quelque chose de lumineux et de divin. Il s’approcha en tremblant et en admirant, et se mit à genoux auprès d’elle. »

Ibidem

Mais où donc est la Belle de notre château endormi? Là voilà! Elle est réveillée!

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Silence, on tourne!!! Moteur, action!!!

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